Actes sud-papiers met en lumière le parcours atypique d’Éric Lacascade actuel responsable pédagogique de l’école du Théâtre National de Bretagne. Un essai particulièrement bien documenté qui prône l’exigence d’un théâtre d’expérimentation, la nécessité absolue d’un véritable laboratoire de l’engagement corporel et organique de l’acteur.

« C.G. : Votre théâtre est pour une grande part une affaire de groupe, une Å“uvre produite au cours d’une démarche collective. Comment le processus de répétition s’organise-t-il en fonction du collectif d’acteurs ? 
E.L. : Contrairement à ce qu’on pourrait penser, tout groupe d’individus réunis dans le but de réaliser un spectacle n’est pas de facto une communauté, et une finalité partagée ne suffit pas à faire exister ce commun constitutif de la véritable communauté. Un spectacle peut en effet naître d’une addition de désirs, d’intentions, d’expressions individuelles qui communiquent entre elles sans que pour autant soient partagées les dimensions profondes du travail, celles qui ont trait au processus de création, et pas seulement à sa partie visible, la représentation  Je souhaite pour ma part créer, pendant les répétitions, un socle commun. Celui-ci prend forme grâce à l’approfondissement constant de la pièce au cours des répétitions, dont l’espace-clé est le processus de codétermination des rôles. » 

C’est au gré de ce parcours ancré dans un théâtre militant qu’il s’est forgé au fil des ans une méthode, une pratique assidue d’un théâtre ancré dans le réel, une forme d’acting intrinsèquement liée à la notion d’expérimentation, de laboratoire. Proche de la performance et du répertoire russe, peu à peu Éric Lacascade s’est dessiné une voie, une technique qui se veut matrice du théâtre dit engagé; l’engagement total, à tous les niveaux, que ce soit sur le fond dans une forme de revendication militante, ou sur la forme dans l’implication physique des acteurs. Accompagné par Carole Guidicelli il détaille dans cet essai passionnant la construction de cette pensée qu’il transmet dorénavant aux générations d’acteurs en devenir. Agrémenté de très belles photos cet ouvrage donne à voir avant tout la nécessité de la transmission de ces valeurs du réel, celles qui tendent à faire éclore un espace créatif dénué de toutes considérations de rentabilité afin que la scène reste un lieu de la revendication. Un lieu que chacun peut alors s’approprier pour illustrer sa propre réalité.

Audrey Jean

« Au cœur du réel » par Éric Lacascade 

ISBN 978 2330 072872
15€

Actes sud-papiers 

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