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Caillasses

Par Audrey Jean, le 17 juillet 2012 — Actes Sud — 3 minutes de lecture

Après « Ouragan » et « Les Oliviers du Négus », Laurent Gaudé revient enfin au théâtre pour notre plus grand plaisir avec « Caillasses » publié chez Actes Sud-papiers. Dans la lignée directe de « Salina » ou encore « Sodome ma douce » il signe ici une pièce magistrale, passionnante épopée contemporaine sur le drame que vivent ceux dont le pays est occupé et la haine qui les pousse à l’attentat. « Caillasses » fait actuellement l’objet d’une création au Théâtre du Peuple de Bussang du 13 Juillet au 25 Août dans une mise en scène de Vincent Goethals.


Adila et son père Farouk vivent du côté de ceux qui sont opprimés. Chez eux plus rien ne subsiste de leur vie d’avant la guerre, il ne leur reste que des ruines, des caillasses. De l’autre côté, Meriem la sœur de Farouk vit libre pourtant elle n’aspire qu’à retrouver le pays qu’elle a fui. Un soir suivi d’autres exilés, elle tente de rejoindre les siens mais les soldats les repoussent contre les barbelés humiliant atrocement Farouk sous les yeux horrifiés d’Adila. De la révolte étouffée des oppressés naît alors un personnage étrange et violent, l’Enfant des gravats.


Comme souvent dans ces pièces de théâtre, Laurent Gaudé aborde des thèmes difficiles et les transpose dans un récit épique. Composé de quatre grands tableaux, il nous dépeint une fresque contemporaine puissante tant par le sujet que par l’écriture. Mis à part le surréalisme apporté par le personnage de l’Enfant des gravats, l’action de la pièce est totalement moderne et pourrait concerner beaucoup de peuples de notre siècle. Toute la force du texte réside dans ce subtil mélange de réalisme cru et d’onirisme poétique.

Sur la forme, l’auteur accorde beaucoup d’importance à la présence de plusieurs chœurs, conférant à sa pièce une tournure de tragédie antique. Mais il revisite également le langage même de ses personnages. Ceux-ci oscillent sans cesse entre le discours direct et la narration, offrant de multiples possibilités de mise en scène. Les voix se chevauchent et se répondent ainsi à l’infini pour un rendu presque mystique. Sublime !

« Le chœur des habitants de la ville :
Caillasse,
Tu vas te battre,
Tu sais le faire,
Mais pas comme une bête ,
Pas comme un voleur de ruines.
Les pierres, tout autour de toi, te parlent de nous,
De nos combats.
Tu vas te battre.
Et si tu te souviens de nous,
Si tu te souviens de tout,
Il y aura de la joie,
Le jour béni où,
En notre nom,
Caillasse,
Tu vaincras. »

Audrey Jean


« Caillasses » de Laurent Gaudé

ISBN 978 2 330 00888 8
15€

Du 13 Juillet au 25 Août
au Théâtre du Peuple de Bussang

Actes Sud-papiers

18 rue Séguier
75006 Paris

www.actes-sud.fr

Audrey Jean