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Cirque : "Le Vide / essai de cirque #19" Fragan Gehlker au sommet !

Par Audrey Jean, le 5 mai 2016 — Cirque, Fragan Gehlker, Le Vide, monfort theatre — 3 minutes de lecture

Il est de ces spectacles qui marquent les esprits. « Le Vide / essai de cirque #19 » actuellement repris au Monfort Théâtre, renferme en son cœur toute la complexité et la ténacité de l’être humain. Rien que ça. L’acrobate funambule, spécialiste de la corde lisse, Fragan Gehlker explore avec l’aide de son complice Alexis Auffray les limites du vertige et de l’apesanteur. Un véritable bijou à découvrir à tout prix.

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Des cordes comme s’il en pleuvait. Un homme face à cette montagne infinie à gravir. Tel Sisyphe poussant son rocher Fragan Gehlker monte, glisse, tombe, recommence inlassablement. Hypnotique ascension, terrifiante chute.

Ici, bien sûr le vide est tout, toute la peur de l’abîme, toute la quête du vertige absolu, toute la puissance conquérante de l’homme face à ses démons, toute la vacuité de son acharnement, ou plutôt tout l’inverse, toute la vie peut-être. Le sens. Plein, total. Fragon Gehlker lutte pour aller au bout de son objectif si absurde ou si important, sans arrêt, sans abnégation, un Sisyphe virtuose de l’équilibre qui se hisse à la force de ses mains. Pugnace il ne connait pas le renoncement. C’est d’une beauté tellement simple. Car ce qui nous apparait tantôt comme une farce, tantôt terriblement dramatique a toute la force des grands symboles. Si le geste, si la lutte était ce qui donne un sens à son existence ? Que serait Sisyphe sans sa mission ? Tandis que Fragan Gehlker s’obstine à monter et à descendre, Alexis Auffray tente par tous les moyens d’aller au bout d’une parole, d’une pensée. Les seuls mots de ce spectacle seront ceux enregistrés sur les bandes, interrompues continuellement. Des mots simples et lourds de sens. De ces deux combats parallèles jaillit un concentré fulgurant d’humanité. Difficile de savoir à quel point leurs autres dix-huit essais de cirque étaient réussis, mais celui-ci épate et foudroie par la densité de sa pensée. Maroussia Diaz Verbèke dernière arrivée dans ce trio y est sans doute pour quelque chose, l’association de ces trois talents est en tous les cas une réussite en tous points. Le Monfort met régulièrement en avant des spectacles de nouveau cirque qui sont à chaque fois surprenants par la complexité de leur dramaturgie, souvent simples en apparence ces créations se révèlent être d’une grande portée réunissant sur le même plateau la performance d’acrobates émérites et la consistance d’une idée, d’un message. Après « celui qui tombe » de Yoann Bourgeois, le cirque Inextrémiste ou même récemment le Théâtre Dromesko, le Monfort s’avère être un lieu d’expérimentation unique qui gagne à devenir un théâtre de premier plan tant sa programmation nous aura séduit cette année. Pour preuve, ses directeurs viennent d’être nommés à la programmation du festival Quartiers d’été. Expérimentez vous aussi un essai de cirque, Confrontez-vous au vide, il vous explose au cœur et vous laisse littéralement hébété, heureux d’avoir pu apercevoir en un peu plus d’une heure la beauté d’un homme qui monte au ciel.

Audrey Jean

« Le Vide / essai de cirque #19 » un spectacle écrit par Fragan Gehlker
Création musicale et régie de piste : Alexis Auffray
Dramaturgie : Maroussia Diaz Verbèke

Jusqu’au 21 Mai
Samedi 7 à 20h, Dimanche 8 à 16H, Lundi 9 à 20h, Vendredi 13 à 20h, Samedi 14 à 20h, Dimanche 15 à 16h, Jeudi 19 à 20H, Vendredi 20 à 20h et Samedi 21 à 20h

Monfort Théâtre

Audrey Jean