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"Des voix sourdes" à La Loge : tout l'univers de Koltès !

Par Laurent Schteiner, le 17 mai 2015 — des voix sourdes, fabio godinho, koltes — 3 minutes de lecture

La Compagnie TDP nous a gratifié récemment au théâtre la Loge d’un spectacle original, Des voix sourdes de Koltès. En s’attaquant à cette pièce écrite en 1974 pour la radio, Fabio Godinho a fait œuvre de précision et de rigueur  dans cette mise en scène pour traduire un univers de questionnements, d’incommunicabilité, de musique et de lumières. Cette œuvre, véritable défi créatif, a été à la hauteur de des ambitions de cette jeune compagnie qui promet.

Si les mots ont leur propre musique, Fabio Godinho leur rend hommage à travers cette pièce conçue comme un film. Un moyen métrage qui débute par sa fin. D’entrée de jeu, la pièce nous prend à la gorge par ses voix qui s’expriment mais qui ne se comprennent pas. Cette incommunicabilité fausse les rapports, les tord et les distend. Certains pourront voir à travers cette pièce la surdité d’un monde que nous ne comprenons plus. D’autres y verront des voix qui s’élèvent ne qui sont pas entendues.

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Avec cet entendement en berne, Fabio Godinho nous plante le désir au plus profond de notre chair. Un désir sulfureux et son satellite : l’argent. L’association de ces deux éléments pervertit les rapports des protagonistes de cette pièce. Ce spectacle, qui propose une transversalité des lieux, joue avec la lumière et les effets sonores chers à Koltès.

Stevan, personnage fétiche de Koltès, errant par essence, attire la sympathie de deux femmes, Hélène et Anna. Tiraillé par son désir pour ces deux femmes, il vivra un tourment intérieur. Un dilemme qui voit son désir s’effondrer à mesure qu’il se dévoile. Cette pièce est assise sur la frustration où les personnages donnent quelque chose qu’ils n’ont pas à d’autres qui n’en veulent pas. Ce festival de communications ratées traduit bien le malaise de notre civilisation.

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A travers une langue poétique, Fabio Godinho réussit sans conteste son pari de nous emmener dans l’univers particulier de Koltès. Saluons les performances de ces jeunes comédiens dont certains avaient été remarqués par notre rédaction dans « Hotel Palestine », lors du Prix du théâtre 13 (Mathilde Bourbin, Delphine Sabat et Fabio Godinho). Mieux qu’une pièce à voir, cette pièce est à vivre !

Laurent Schteiner
 
Des voix sourde de Bernard-Marie KOLTES
Mise en scène de Fabio GODINHO
Avec Delphine SABAT, Mathilde BOURBIN, Fabio GODINHO, Luca BESSE et Jules POUCET
Tournée :
17 et 18 mars au théâtre du Centaure à Luxembourg

 
 
 
Un univers

Laurent Schteiner