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Éditions l'Entretemps : "La violence du quotidien" ouvrage collectif sous la direction de Florence Thérond

Par Audrey Jean, le 1 mars 2016 — Florence Thérond, L'Entretemps, La violence du quotidien — 3 minutes de lecture

Les éditions l’Entretemps nous gratifient d’un ouvrage foisonnant sur un sujet sociétal délicat et banal à la fois « La violence du quotidien ». Existe-t-il une esthétique, une dramaturgie de la violence dans sa représentation artistique ? Dans cette recherche collective plusieurs théoriciens exposent ainsi leurs approches de dramaturges et cinéastes qui abordent chacun avec une sensibilité propre cette thématique passionnante.

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Ophélie Landrin : Le théâtre d’Howard Barker place le spectateur comme voyeur et protagoniste de la barbarie et du monstrueux à travers une langue renouvelée, crue, faite de chair et de morbidité, de passion lyrique, d’oxymores. L’auteur donne à voir l’inhumain, la négation de tout progrès à travers ce qu’il définit comme le théâtre de la catastrophe, un théâtre mettant « l’accent sur une exposition de la souffrance qui s’avère sans solution » qui « ne s’efforce pas le moins du monde de modifier la perception, ne  considérant pas cela comme de son ressort, mais formant un pacte avec son public dans une perspective différente ». 

Puisque le théâtre et le cinéma se font souvent l’écho d’une forme de réalité ils sont également une vitrine ou une projection de la noirceur, de la barbarie de nos sociétés contemporaines. Violences domestiques, quotidiennes, historiques, elles sont toutes potentiellement représentables sur une scène ou un écran mais la question c’est comment la montrer pour initier un impact, une réflexion, un changement chez le spectateur. Sous la direction de Florence Thérond plusieurs auteurs se penchent sur cette problématique en dégageant de multiples axes de traitements. Alors que chez Martin Crimp par exemple ou dans l’écriture de Matéi Visniec la représentation de la violence peut prendre la forme d’une parole cathartique distanciée par l’abstraction ou un style poétique; elle peut être plus frontale chez d’autres dramaturges quitte à la caricaturer comme c’est le cas chez le cinéaste Nicolas Winding Refn. Sous la forme de chapitres consacrés à chacune des figures artistiques contemporaines majeures cet ouvrage se livre à un panorama complexe et particulièrement bien documenté du sujet « violence », n’oubliant pas de questionner au passage la différence d’impact selon que l’on privilégie une représentation par les mots ou par l’image. Un inventaire de référence à découvrir chez l’Entretemps !

Frederic Astruc : Avant l’avènement de la télé-réalité, le snuff-movie serait ainsi l’invention collective d’une société fascinée par son aptitude à refléter le réel par la fiction autant que l’inverse (…). Malgré tout nous disons que le snuff-movie a probablement existé, et que si tel est le cas, il n’a fait que réaliser un fantasme largement partagé, autrement dit qu’il ne doit son existence qu’à une forme de pression sociale, ou de spéculation, si on l’envisage sous l’angle d’une économie et donc de sa rentabilité. Nous affirmons de fait que le snuff-movie n’existera plus, tant il est recouvert aujourd’hui par l’horreur-réalité. 

Audrey Jean

« La violence du quotidien » sous la direction de Florence Thérond
Formes et figures contemporaines de la violence au théâtre et au cinéma 

ISBN 978 2 35539 201 6
26€

Éditions l’Entretemps 

Audrey Jean