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Festival d'Avignon : Affreux, bêtes et pédants

Par Audrey Jean, le 22 juillet 2014 — Dramaticules, GiraSole, Jérémie Le Louët — 3 minutes de lecture
Le Théâtre du GiraSole est décidément un lieu séduisant du Off d’Avignon. La Compagnie des Dramaticules dont nous apprécions particulièrement le travail y joue sa dernière création « Affreux, Bêtes et pédants ». Jérémie Le Louët, coutumier des mises en scènes de grands classiques, s’attaque ici à une tout autre forme avec cette satire de la vie culturelle française. Un spectacle qui tombe à point nommé dans ce festival au vu du climat inquiétant qui règne sur le statut des artistes. 
 
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Jérémie Le Louët prend ici un virage déroutant, lui qui nous a plutôt habitué à un travail de répertoire. Ce spectacle déstructuré pourrait s’apparenter à un bilan des aventures de la compagnie, une sorte de rétrospective de leur parcours, mais alors une rétrospective cynique au possible, où les artisans de cette satire féroce n’auraient pas peur de se tourner en dérision. Issu d’une écriture collective le texte s’inspire de de ce que l’équipe a vécu au fil des créations précédentes, tant au niveau de la recherche de partenaires, de structures de résidences, que de la relation entre les acteurs. Le ton ubuesque est donné d’entrée de jeu avec une scène d’ouverture d’anthologie qui à elle seule vaut le détour, la suite ne sera que surprises et folies en tout genre. Car tout le propos du spectacle est là : la dimension totalement surréaliste de la condition de l’artiste. La Compagnie des Dramaticules met ainsi le doigt sur un point dérangeant, les spectateurs ne connaissent pas toujours les tenants et les aboutissants en matière de création de spectacle. Qui est payé, qui ne l’est pas ? Est-ce que tous les membres d’une troupe vivent en parfaite harmonie ? Comment finance-t-on la création d’une pièce ? Autant de questions que les spectateurs se posent en réalité et les comédiens sur le plateau vont tenter pendant 1H15 d’y apporter des réponses tout en n’oubliant pas au passage de se moquer d’eux-mêmes. Sous une apparence de vaste délire improvisé la structure est bien entendu parfaitement contrôlée faisant appel à une scénographie précise. Utilisant à bon escient la vidéo et le micro, Jérémie Le Louët joue sans cesse avec la mise en perspective, brouillant les pistes en permanence pour ce jeu de massacre jubilatoire. Savaient ils au départ du projet que leur création prendrait une dimension un peu plus cruelle au regard de la remise en question actuelle du régime des intermittents ? Quoiqu’il en soit la pièce arrive au bon moment en ces temps de crise. On peut affirmer sans crainte que le tournant pour Jérémie Le Louët est parfaitement maitrisé, et les Dramaticules, au delà du côté drolatique du traitement, nous offre l’opportunité de questionner notre rapport au théâtre. Que demander de plus ? 
 
Audrey Jean 
 
« Affreux, bêtes et pédants » Une satire de la vie culturelle française 
Scénario et mise en scène de Jérémie Le Louët 
 
Ecriture et interprétation : Julien Buchy, Anthony Courret, Noémie Guedj, Jérémie Le Louët et David Maison 
 
Festival d’Avignon 
Théâtre du GiraSole à 22H30
24 Bis rue Guillaume Puy 

Audrey Jean