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Festival Impatience : "Nuit" par Guillaume Barbot

Par Audrey Jean, le 14 juin 2015 — Cie Coup de Poker, Festival Impatience, Guillaume Barbot, Nuit, Théâtre National de la Colline — 3 minutes de lecture

A l’instar du spectacle « Une journée chez Fukang » dont nous avons précédemment parlé, la compagnie Coup de Poker faisait également partie de la sélection du Festival Impatience cette saison. Le metteur en scène Guillaume Barbot y présentait à la Colline  « Nuit » une création pluridisciplinaire et envoutante librement inspirée du film de Charles Laughton « La nuit du chasseur ».

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« Voici
Un conte nocturne, entre polar et comptine, un conte qui réveille nos peurs les plus anciennes, un conte où les enfants ne sont pas toujours ceux que l’on croit, un conte où nos valeurs sont à réinventer. »

Comment notre propre mémoire transforme-t-elle au fil du temps la perception d’un évènement passé ? Tel est le point de départ de cette réflexion collective autour du film de Charles Laughton, un film qui a visiblement marqué toute une génération mais qu’en reste-t-il, c’est la question. La compagnie Coup de Poker se laisse aller à une divagation sous la houlette de Guillaume Barbot et dessine en pointillés les présences, les sensations. Le résultat envoutant est un long cauchemar, un labyrinthe expérimental peuplé de fantômes qui hypnotisent le spectateur. « Nuit » est une invitation à se souvenir, à explorer toutes formes de mémoires, à se laisser porter par l’illusion et le vertige. Bien sur Guillaume Barbot, au delà d’éprouver la métamorphose de la réalité, n’en oublie pas de questionner les enjeux originels de l’histoire, la trame est d’ailleurs respectée dans les grande lignes. Plusieurs thèmes fondamentaux sont ainsi abordés : les rapports d’autorité au sein de la famille, l’héritage, l’innocence de l’enfance mais aussi l’argent, l’argent qui dénature tout, qui pressurise un à un les membres de cette famille jusqu’à l’implosion. Mais c’est la forme qui séduit ici à n’en pas douter, les tableaux sont soignés, la scénographie particulièrement foisonnante. L’atmosphère crépusculaire, énigmatique, propre à l’univers du cauchemar immerge le spectateur dans un flot de sensations ininterrompues accentuées par la création sonore interprétée en live. Au sein de cette nuit fantasmagorique l’impression et la perception priment, le mot est pesé, rare économisé au profit de cette esthétique puissante. Le corps tient une place de choix dans ce travail notamment avec les personnages de la petite fille et du père. A ce titre il nous faut préciser que les prestations dansées de Johan Bichot sont d’une beauté saisissante. Assurément le théâtre de Guillaume Barbot se vit plus qu’il ne se raconte, gageons que de nombreuses nuits viendront encore alimenter son doux cauchemar.

Audrey Jean

Nuit
Création pour quatre acteurs, un danseur et un musicien d’après le film La nuit du chasseur » de Charles Laughton

Cie Coup de Poker
Texte et mise en scène Guillaume Barbot

Compositeur et musicien Pierre-Marie Braye-Weppe
Scénographie, masques et costumes Cécilia Delestre, assistée de Camille Testa

Avec Zoon Besse, Johan Bichot, Yannick Landrein, Sophie Lenoir et Elise Marie

Audrey Jean