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Festival Impatience : "Une journée chez Fukang" par Zhuoer Zhu

Par Audrey Jean, le 13 juin 2015 — Festival Impatience, La Colline, lansman editeur, Zhuoer Zhu — 4 minutes de lecture

Le Festival Impatience met en lumière chaque saison les propositions de compagnies émergentes et leur offre la possibilité de jouer quelques représentations dans des lieux prestigieux tels que le Théâtre National de La Colline, le 104 ou encore le Rond-Point. Retour sur « Une journée chez Fukang » de la Compagnie Les Vagues Tranquilles qui faisait déjà partie de la programmation du Festival Péril Jeune de Confluences et qui poursuit ici son chemin.

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Le jeune pécheur Xiaojun quitte sa petite île isolée pour tenter sa chance dans la grande ville. Il est très vite confronté à la rudesse de la vie citadine et apprend l’expression « battre le travail ». Une journée en immersion à ses côtés au cœur d’une usine de fabrication de portables, une usine déshumanisée peuplée d’âmes en quête de sens.

« La jolie fille : Tu sais. J’ai fait un rêve hier soir. Très drôle. J’achetais un sac blanc de luxe dans un centre commercial. Il faisait beau. Je m’asseyais au Mc Donald’s…Non, pas McDonald’s, Pizza Hut. Oui, Pizza Hut. Je regardais dehors en buvant un capuccino. J’étais très heureuse d’avoir acheté le sac avec mon salaire à moi. C’est là que ça commence à devenir drôle mon rêve. Tout à coup, deux hommes veulent m’arracher le sac. (…) La tasse de café se casse en mille morceaux. Je m’en fous, il faut surtout que je protège mon sac.(…) Personne ne m’aide. Les gens dans le centre commercial continuent à marcher, à manger, à faire du shopping…comme s’il ne se passait rien à côté d’eux. Tu vois c‘est drôle. Ils ne me voient pas. Personne ne me voit, ne m’entend. »

Zhuoer Zhu livre ici un instantané de la société contemporaine chinoise, une vision à froid et sans jugement de cette Chine coincée par endroits entre tradition et modernité. Malgré quelques faiblesses dans l’écriture l’ensemble est cohérent et a le mérite d’aborder un sujet somme toute universel, la désillusion. Les espoirs déchus du jeune Xiaojun, ainsi que les rêves brisés de ses collègues peuvent en effet être étendus à bien d’autres sociétés. Alors que les ouvriers de Fukang prennent les grandes chaines américaines pour le summum du chic, ils sont en réalité le tout dernier maillon d’une chaîne humaine écrasée sous le poids du capitalisme. S’en rendent-ils seulement compte ? C’est la toute la dureté du sujet, on réalise au fur et à mesure de cette journée que tous ont déjà baissé les bras, que tous ont abandonné leurs petits rêves et font juste semblant d’y croire encore. Un tout petit peu. Zhuoer Zhu opte pour une scénographie épurée  qui permet de s’éloigner quelque peu du réalisme du propos. Dans cette simplicité elle distille par moments des images de choralité empreintes de poésie, notamment la scène de la sieste au jardin ou encore la pause cigarette. Les propositions sont pertinentes mais ne vont cependant pas assez loin dans l’ensemble, on regrettera par exemple une utilisation limitée des lumières sur le plateau, des colonnes de néons encadrent la scène et ne sont finalement qu’assez peu exploitées. Au sein de cette jeune équipe saluons en tous les cas les interprétations de Diana Fontannaz et Laurent Desponds qui se distinguent tous deux par leur justesse et leur sobriété.

Audrey Jean

« Une journée chez Fukang » écrit et mis en scène par Zhuoer Zhu

Avec Ariane Boumendil, Laurent Desponds, Diana Fontannaz, Romain Francisco, Ye Tian et Angélique Zaini

Le texte de la pièce est disponible aux éditions Lansman

Audrey Jean