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Festival des fêtes nocturnes de Grignan : "Lorenzaccio" : Interview de Daniel Mesguich, Marie-Claude Pietragalla et Julien Derouault

Par Laurent Schteiner, le 27 juin 2017 — chateau de grignan, Daniel Mesguich, julien derouault, lorenzaccio, marie-claude pietragalla, musset — 6 minutes de lecture

A l’occasion du démarrage des fêtes nocturnes des châteaux de la Drôme, Daniel Mesguich, entouré de Marie-Claude Pietragalla et Julien Derouault, se sont prêtés au rituel d’une interview concernant leur spectacle « Lorenzaccio ».
Un remerciement chaleureux à Stéphane Capron de France Inter qui nous a permis la retranscription de cet entretien.


Stéphane Capron – Les fêtes nocturnes à Grignan, c’est du théâtre populaire, et cette année c’est Lorenzaccio et c’est du théâtre et c’est de la danse. Le projet est venu sur la table Daniel Mesguich : « j’y vais, le théâtre, la danse, cela ne me fait pas peur. »

J’étais déjà un grand admirateur des danseurs que sont Pietra et Julien  et l’idée est venue oui de faire Lorenzaccio, avec Julien dans Lorenzo  et c’était une idée qui était non pas de coller deux pratiques artistiques mais de les mêler vraiment  de les imbiber l’une de l’autre, de les nimber l’une de l’autre et nous partions du principe que le corps devenait ce que le texte ne disait pas assez et le texte devenait ce que le corps ne disait pas linguistiquement. L’un était l’inconscient de l’autre. Voilà le projet. Et je crois que ça a induit un certain théâtre, une façon de faire du théâtre qui n’existait pas.

S.C – C’est la première fois que vous approchez la danse d’aussi près dans votre travail ?
J’ai été récitant dans des spectacles où il y avait de la danse. Je connais des danseurs. J’aime la danse mais je ne suis pas un spécialiste.
S.C – Vous travaillez avec Daniel Mesguich, Marie-Claude Pietragalla, c’est quelque chose de très important dans votre carrière ?

C’est vrai que c’est important car on avait envie de faire cette aventure à trois. Trois metteurs en scène et chorégraphes. Et ce que disait Daniel est très juste, c’est-à-dire modestement on a l’impression d’inventer une forme de théâtre, ou une autre forme de danse aussi car souvent on a ces 2 arts magnifiques  qui se côtoient sur scène mais d’un côté il y a des danseurs et de l’autre côté il y a des comédiens. Là c’était très difficile de faire ce casting parce que justement il fallait demander à ces artistes d’être polyvalents complètement. Cela a été tout ce travail de préparation, presque 2 ans que nous sommes sur ce projet. On a fait beaucoup d’auditions. On a réussi à voir ce casting-là. Je suis ravie de ces artistes. Ils viennent tous d’un univers un peu différent. Ils ont tous des formations hétéroclites et en même temps très riches de ce qu’ils ont fait. Les uns ont une formation de danseur avec l’envie de travailler sur le jeu d’acteur et les autres sont des acteurs ayant envie justement de faire un autre théâtre, un théâtre plus théâtralisé, plus organique. Donc, oui une belle rencontre pour tout le monde, je pense.

©Pascal ELLIOTT

S.C – Il n’y a pas de barrière entre les deux pratiques?

Je pense qu’on vient tous de la même famille, que ce soient les acteurs, les danseurs, les musiciens, les chanteurs. C’est du spectacle vivant. Après, chacun apporte sa spécificité, sa technicité, ses codes. Mais en même temps on est là pour bouleverser les codes. Ce Lorenzaccio montre un autre théâtre ou une autre forme de danse.

S.C – Julien Derouault , comment avez-vous abordé ce rôle ?

Comment le rôle m’a abordé aussi ? C’était un challenge, c’est vrai que c’était déjà quelque chose que j’avais travaillé sur un précédent spectacle où je mêlais la poésie d’Aragon au corps. Là c’est une étape supplémentaire où le personnage doit retenir évoluer et se développer sur les 2h10 et c’est vrai ce que défend la pièce, ce qu’elle raconte  était très intéressant de faire danser ce personnage et que parfois il y ait des éclats de corps  ou des éclats de voix qui peuvent prendre le relais pour aller vers quelque chose ou dans cette folie de Florence ce personnage qui a l’air d’être porté par cette folie meurtrière est le plus lucide de tous. C’est cette lucidité qui le rend fou et lui donne envie de tuer le tyran de sa patrie pensant que peut-être ça va changer quelque chose pour lui, même si je pense qu’au fond de lui il sait que ça ne changera rien. On est en plein dans une sorte d’absolu de cette volonté où l’on sait qu’il a été poète et que peut-être justement tombant dans les tréfonds de l’âme humaine, on s’aperçoit que c’est un personnage qui est très « sadien » donc Musset ayant été sans doute influencé par tout ce XVIIIe on sent qu’il y a du baroque dans ces personnages, donc c’est intéressant de le travailler au niveau de la gestuelle parce que nous ça nous ramène à des composantes techniques qu’on peut utiliser. C’est comme si le texte qui  a été composé au XIXe qui parle du XVe, on n’essaye pas de faire un mixte mais on essaye de trouver des techniques d’aujourd’hui, des choses qui peuvent aussi résonner aujourd’hui tout en utilisant certaines techniques du corps. C’est très intéressant c’est une forme de tissage qu’on peut faire entre le texte, une forme de colonne vertébrale mais qui doit nous amener à être juste dans nos mouvements.

Propos recueillis par Stéphane Capron (France Inter)

Château de Grignan
Les fêtes nocturnes
« Lorenzaccio » d’Alfred de Musset

Mise en scène de Daniel MESGUICH, Marie-Claude PIETRAGALLA et Julien DEROUAULT
du 21 juin au 19 aout 2017

Laurent Schteiner