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Festival Péril Jeune : La Ballade du Minotaure

Par Audrey Jean, le 27 octobre 2014 — Confluences, Dürrenmatt, Guillaume Mika, Minotaure, Youna Noiret — 3 minutes de lecture

Sélectionné dans le cadre du Festival Péril Jeune de Confluences, Guillaume Mika s’empare d’un texte sublime de Friedrich Dürrenmatt et nous en offre une adaptation subtile et saisissante par le jeu de son actrice Youna Noiret. « La Ballade du Minotaure » est un monologue poétique qui retrace le mythe du monstre mais ici du point de vue de ce dernier. Une rêverie inquiétante sublimée par son interprète ! 

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Issu de la mythologie grecque le minotaure  est une créature mi-homme mi-taureau née des amours de Pasiphaé avec un taureau blanc envoyé par Poséïdon. Minos enferma alors le monstre dans un labyrinthe afin de cacher son existence, et c’est Thésée qui le tua après un terrible affrontement. Friedrich Dürrenmatt s’approprie le conte dans un texte fascinant qui donne à voir le mythe à travers le prisme du Minotaure. C’est sa parole qui est ici transcrite dans une loghorrée ou l’on perçoit sa solitude et sa frustration, le minotaure est unique et c’est bien ce qui le pèse bien qu’il n’en ait pas encore pleinement conscience. Il n’a aucune espérance de contact avec autrui, enfermé dans ce labyrinthe de glace il ne voit aux alentours qu’une multitude de reflets de lui-même qui reproduisent inlassablement ses gestes. En inversant ainsi les caractères de ses personnages principaux Dürrenmatt donne à voir un Minotaure sensible dont la détresse est aussi émouvante que sa fin tragique. Le monstre n’est plus qu’une âme en peine, un être naïf et innocent tandis que Thésée devient le bourreau manipulateur et sanguinaire. Guillaume Mika choisit une forme très épurée pour sa mise en scène, grâce à un très beau travail sur les lumières et la création musicale le plateau nu servira de faire-valoir à sa danseuse comédienne Youna Noiret. Par un magnifique jeu autour d’un pantin et d’un masque de taureau elle parvient avec maestria à saisir toute la dualité de cette créature, reflet symbolique dans le mythe originel des pulsions fondamentales de l’homme. Ses gestes précis parfaitement chorégraphiés et son phrasé mélodieux lui confèrent une poésie troublante, une beauté persistante.  La musicalité du texte de Dürrenmatt fait le reste et entraine le spectateur dans le rêve du Minotaure, un rêve d’amour. 

Audrey Jean 

« La Ballade du Minotaure » de Friedrich Dürenmatt 

Mise en scène de Guillaume Mika 

Avec Youna Noiret 

L’Arche est agent théâtral du texte représenté 

Confluences, lieu d’engagement artistique
Festival Péril Jeune jusqu’au 4 Décembre

Audrey Jean