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Festival Pleins feux sur la jeune création : "J'appelle mes frères" par la Cie Les Entichés

Par Audrey Jean, le 7 septembre 2015 — Les Entichés, Mélanie Charvy, theatre de l'Opprimé — 3 minutes de lecture

Le festival Pleins feux sur la jeune création du Théâtre de l’Opprimé démarre cette année avec la percutante adaptation de la Cie des Entichés « J’appelle mes frères ». Ce spectacle mis en scène par Mélanie Charvy, pièce du suédois Jonas Hassen Khemiri, installe immédiatement un crescendo musclé, une tension permanente qui résonne cruellement avec les récents évènements du mois de Janvier. Après un beau succès dans le Off d’Avignon, le spectacle ouvre en beauté ce début de saison !

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Une explosion. Panique. Un acte terroriste. Amor, citoyen de cette ville blessée, a du mal à faire face. Peut-être a-t-il aussi du mal à choisir un camp ? Peut-être a-t-on du mal à définir son camp … Entre suspicion, schizophrénie et détresse post traumatique, portrait fragmenté d’un monde désespéré.

« J’appelle mes frères et je dis : non personne n’a été arrêté. Personne n’est suspecté. Pas encore.
J’appelle mes frères et je dis : préparez-vous. Ca va commencer. »

C’est une équipe fougueuse et militante qui investit le plateau, dotée d’un texte coup de poing qui frappe au ventre d’autant plus fort qu’il colle malheureusement terriblement à l’actualité. Il poisse même ce texte, nous colle au siège et met mal à l’aise tant il sonne vrai. Les mots du suédois Jonas Hassen Kherimi sont pourtant simples et la langue ne distille pas de violence gratuite. Mais la réalité est suffisamment noire et la parole de cet auteur se montre d’une redoutable efficacité pour décrire ce trouble, cet abîme dans lequel s’effondre la société sous la terreur. Au terme d’une dramaturgie éclatée le spectateur reconstitue en même temps qu’Amor le puzzle complexe de cette journée placée sous le signe de l’horreur. La réalité de l’attentat. C’est là tout le brio de ce texte audacieux, positionner le public à l’égal du personnage principal tour à tour ordinaire citoyen et suspect potentiel, subir avec lui les pressions, être solidaire de ses émotions. On vit tout à travers ce prisme malaisant. La mise en scène de Mélanie Charvy restitue subtilement cet état cotonneux, entre fiction et réalité, et prolonge l’effet avec l’utilisation de la vidéo. Héritier d’une partition délicate, Aurélien Pawloff s’illustre dans cette création par la précision de son jeu, à l’instar du trouble Amor il nous transmet une palette d’émotions extrêmement nuancée de bout en bout. La troupe est par ailleurs constituée de jeunes talents très prometteurs et le spectacle a visiblement fait ses preuves en Avignon où il affichait régulièrement complet. A ne pas manquer donc !

Audrey Jean

« J’appelle mes frères » de Jonas Hassen Khemiri
Mise en scène de Mélanie Charvy

Avec Aurélien Pawloff, Paul-Antoine Veillon, Yasmine Boujjat et Millie Duyé

Du 9 au 13 Septembre 2015
Mercredi à samedi à 20H30
Dimanche à 17H

Théâtre de l’Opprimé

Le texte est publié aux éditions Théâtrales
Traduction Marianne Ségol-Samoy

Audrey Jean