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Journal de nuit (1978-1984)

Par Laurent Schteiner, le 3 juillet 2012 — L'Arche — 3 minutes de lecture

La publication aux Editions de l’Arche du journal de nuit de Jan Fabre constitue un petit événement en soi. Les années 1978-1984 y sont représentées à la faveur d’un journal qui, au fil des jours, nous éclaire sur le « performer » qu’est Jan Fabre. Véritable touche-à–tout artistique, il nous embarque dans son univers ou l’imagination ne connait pas de limites. Ces pensées les plus profondes nous sont rapportées avec une sincérité brulante.  Les rencontres artistiques sont multiples et nourrissent sa vision de l’art. Ce journal passionnant qui se dévore a été réalisé à la faveur de ses nuits d’insomnie. La traduction de ce recueil de notes brille par capillarité de poésie et de philosophie de la vie.

 

De ville en ville où ses idées les plus folles s’entrechoquent sans aucune barrière, Jan Fabre nous gratifie de réflexions poétiques avec un recul stupéfiant sur l’art et sur sa vie. Mêlant sa sensibilité artistique à sa sexualité, il visite tous les possibles artistiquement intéressants. Sa soif nocturne de dessiner le transporte au gré de ses rêveries ou hallucinations vers des mondes inexplorés. Sa hantise ne pas trouver le sommeil rivalise avec son acharnement nocturne à créer. Les spectres de la nuit envahissent son imaginaire en le questionnant et en le poussant à une créativité renouvelée.

 

Homme de théâtre et metteur en scène, il repense la scène en y apportant à chaque fois son univers, ses ressentis et sa vision de l’art théâtral.

« Anvers, 9 août 1980

L’histoire n’existe pas, il n’y a que le théâtre.

Nous théâtralisons ce qui nous semble important.

Nous lui attribuons une place digne dans le monde solennel des puissants (metteurs en scène et dictateurs).

 Anvers, 10 Août 1980

Je réalise de plus en plus que la mentalité importe plus que le talent.

Les acteurs doivent vouloir s’ouvrir.

S’exposer, mais non de façon imprudente.

Ils doivent se défaire de leur cuirasse psychologique.

Afin de pouvoir remettre en questions leurs acquis et leur vulnérabilité… »

 

Les collusions qu’il opère avec tous les arts creusent une réflexion permanente sur lui-même, sur l’homme et l’art. Ses lectures, Schiller entre autres, le guide vers les questions d’art et d’éducation. Une problématique qui entrevoit l’homme comme une œuvre d’art, une créativité sans cesse renaissante. Il en est de même pour les acteurs. Ils doivent se créer. Ils sont leur propre matériau.

 

Les enseignements de cet ouvrage témoignent des expériences extrêmes de Jan Fabre et accompagnent le lecteur dans un reportage où il vagabonde au gré des pulsions artistiques de l’auteur. Il croise avec un rendu authentique de metteur en scène, de galeriste ou encore de dessinateur portraitiste.

 

Authentique humaniste, il n’a de cesse de faire évoluer son art et d’aiguiser son ressenti de façon à produire une œuvre d’art hybride où l’un se nourrit de l’autre. Son cheminement singulier laisse entrevoir un être libre dont l’imagination sans bornes justifie tous les écarts, tous les débordements. L’art est à ce prix !

 

Laurent Schteiner

 

Journal de nuit (1978-1984) de Jan Fabre

22 €

ISBN : 978-2-85181-778-5

 

L’Arche Editeur

86 rue Bonaparte

75006 Paris

www.arche-editeur.com

 
 
 
 
 

Laurent Schteiner