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La chasseur et le gibier

Par Laurent Schteiner, le 28 juin 2012 — L'Arche — 3 minutes de lecture

David Mamet, dans son dernier ouvrage s’attache, à travers ses notes, à explorer la pratique du théâtre tout en délaissant les préjugés de la profession. Sa démarche, émaillée d’interrogations et d’anecdotes, propose au lecteur une réflexion stimulante et salutaire. David Mamet nous délivre avec passion, au travers de sa riche expérience, de nombreux conseils judicieux. Cette approche, à l’abri des clichés communément servis en la matière, éclaire le lecteur de façon explicite sur une activité artistique passionnante.

Ce recueil de notes ou de réflexions de David Mamet présente en postulat que le gibier ne disparait que si son habitat est détruit. Et au théâtre, l’habitat est représenté par le public. Une pièce constitue la chasse elle-même. Le moment où toute suspension des facultés analytiques des spectateurs s’opère. Cet état de grâce qui permet d’accéder au plaisir les thèmes de la pièce. Notre sensibilité est donc multiple puisqu’un public par définition ne dispose pas d’expérience commune. Le stade de l’incrédulité provoque ainsi la suspension d’un processus d’intellectualisation afin d’accéder au drame.

Les méthodes d’enseignement sont à revisiter. C’est ainsi que les méthodes pédantes préconisés par Stanilavski sont incompréhensibles aux yeux d’un praticien en activité. Assis sur une théorie qui convenait aux besoins de l’histoire, Stanilavski ne développa que l’intériorité du personnage au détriment de l’action. Ces ouvrages trop théoriques ne sont guère utiles à personne.

A la question : le théâtre doit-il être politique ? Une réponse négative induit une recherche sur la condition humaine. Celle-ci, tragique et/ou  comique, nous conduit à enrôler le théâtre au service du totalitarisme. La perception erronée que l’individu a de lui-même le pousse vers un système « bienpensant » et rassurant susceptible de pallier cette insuffisance.

Le théâtre est par essence une déconstruction du mécanisme répressif, c’est-à-dire de l’intellect et de ses prétentions. (D. Mamet). Amener le spectateur à suspendre ce processus s’avère compliqué. Mais une intrigue bien menée contribue le public à a faire l’expérience de son pouvoir et de sa faiblesse jusqu’à sa propre « défaite ».

L’art de la scène s’apprend sur scène. Tout le galimatias proposé par Stanilavsky et consorts est inutile. Régler les déplacements est l’essence même du théâtre. Les comédiens utilisent leurs corps pour obtenir ce qu’ils veulent. Pour Mamet, le temps est la clé du théâtre. « Comment se servir du temps ? » Examiner ce désir et reconnaitre l’impossibilité d’application, voilà tout le sujet du théâtre. Cet ouvrage précieux apporte aux passionnés de l’état de l’art un outil très pertinent et original.

 

Laurent Schteiner

 

Le chasseur et le gibier de David Mamet

Prix : 17,50 €

ISBN : 978-2851817648

L’Arche Editeur

86 rue Bonaparte

75006 Paris

www.arche-editeur.com

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Laurent Schteiner

 

Le chasseur et le gibier, notes sur le théâtre de David Mamet

Traduction de Marie Pecorari

Prix 17,50 €

ISBN : 978-2-85181-764-8

 

L’Arche Editeur

86 rue Bonaparte

75006 Paris

www.arche-editeur.com

 

 

Laurent Schteiner