Théâtre

L'amant

Par Audrey Jean, le 4 octobre 2011 — 3 minutes de lecture

En cette rentrée, le théâtre du temps nous invite à redécouvrir L’amant de Pinter. Ce huis-clos tour à tour angoissant et émouvant est ici sublimé par une mise en scène qui met l’accent sur la sensualité. Une plongée passionnante au sein de l’intimité du couple qui interpelle tant que chacun peut s’y identifier.

 

Richard et Sarah trouvent un équilibre dans leur vie quotidienne en mettant en scène leurs amants imaginaires. Ce jeu au départ salutaire pour le couple devient vite une spirale infernale où le fantasme prend le pas sur la réalité. La salle intimiste du théâtre du temps nous positionne en voyeur et le spectateur est totalement aspiré dans la tourmente.


Cette impression est amplifiée par une mise en scène précise où les silences et les non-dits ont la part belle. Le temps semble s’être arrêté, chaque mot est pesé. De même les gestes sont millimétrés comme pour mieux se concentrer sur l’essentiel : le face à face des personnages, leurs attentes et leurs émotions. Ainsi lorsqu’ils se disputent une petite plante représentant leurs amants respectifs, le spectateur ressent le bonheur qu’ils ont de pouvoir s’évader de leur routine étouffante. Un tango envoutant nous montre à quel point ils aspirent à plus de sensualité.

 

On retrouve cette précision dans la scénographie. Dans un univers teinté de rouge et de noir, symbole absolu de la passion, deux espace temps sont délimités. Lorsque Richard et Sarah sont emprisonnés dans leur vie quotidienne, ils sont simplement assis sur des tabourets rouges et leurs corps semblent enfermés dans des carcans. Mais quand ils laissent place à leurs rendez-vous imaginaires, un drap rouge posé au sol leur permet de laisser libre cours à leurs pulsions qui les transfigurent.


Les deux acteurs nous offrent tous deux une très belle performance bien qu’ils soient dans des registres différents. Fabienne Dubois nous montre une Sarah à fleur de peau et fragile à certains  moments. Laurent Schteiner confère au personnage de Richard une maîtrise de soi et une distance assez angoissante. Du coup le spectateur explore en même temps que les protagonistes une vaste palette d’émotions. Une belle interprétation de ce texte qui sublime les problèmes existentiels du couple et nous renvoie à nos propres peurs.

 

Audrey Jean


L’Amant de Harold Pinter

Mise en scène d’Alexandra Dadier

Avec Fabienne Alice Dubois et Laurent Schteiner

Au Théâtre du Temps:
les 18 et 25 septembre,
les 2,9, et 16 octobre,
les 27 novembre,
les 4, 11 et 18 décembre 2011

les dimanches à 16h00

Théâtre du Temps

9 rue du Morvan

75011 Paris

www.theatredutemps.fr

réservations : 01 43 55 10 88

Audrey Jean