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Le Démon de Debarmaalo

Par Audrey Jean, le 10 mars 2012 — 4 minutes de lecture

Comme à son habitude, le Théâtre de l’Opprimé nous propose un spectacle inclassable « Le Démon de Debarmaalo ». Cette comédie noire au langage incisif plonge le spectacteur dans l’univers percutant du théâtre contemporain des Balkans. Un spectacle drôle et dérangeant à ne manquer sous aucun pretexte !

« Le Démon de Debarmaalo » fait écho à un fait-divers véridique et connu de tous notamment grâce à l’adaptation de Tim Burton « Sweeney Todd ». Un barbier de Paris égorgeait ses victimes avant de les transformer en pâtés à la viande. Ici c’est Koce qui, après avoir subi de nombreuses injustices, revient à Debarmaalo pour se venger. Sa cible, le richissime juge Tasev qui lui a infligé 15 ans de prison. Mais très vite Koce, aidé de sa complice Mara, reçoit dans son salon de barbier la visite d’escrocs en tout genres et il décide de faire le ménage à Debarmaalo leur ôtant la vie d’un coup de rasoir. Mara les met ensuite à la carte de son grill dans des kebabs qui connaissent un succès phénoménal.

« Le Président : Qu’ont fait Koce et Mara, sinon ce que le Tout-Puissant aurait fait ? Ils éliminaient les pécheurs. C’est de la justice divine. Sauf que celle-ci est lente alors que la leur est rapide. Et organiquement propre. Et sur le plan technologique, avancée. »

La trame de ce fait-divers est ici détourné dans une parodie efficace où le grotesque est roi. Les personnages sont caricaturés à l’extrême dans cette représentation farcesque des rapports sociaux. Ils sont en constante évolution et les rôles vont progressivement s’inverser grâce aux actes délirants de Koce et Mara. D’oppressés, ils vont devenir des héros alors que le juge Tasev passe du pouvoir absolu à la déchéance la plus totale. L’histoire d’amour parrallèle, de Bisera et Iljo respectivement bonne à tout faire et Sdf, enrichit l’histoire les amenant  à sortir de leur condition sociale. Même si le peuple a dévoré avec appétit les monstrueux kebabs, Debarmaalo se trouve nettoyé du mal et peut prospérer de nouveau gâce à la justice de Koce.

Le texte sobre mais tranchant de Goran Stefanovski traite bien sûr de cannibalisme et de mort mais aussi de justice et de rédemption. Les dialogues sont intenses, mordants et surtout férocement droles. Koce tue des hommes, mais ces hommes incarnent la corruption. Il devient un Robin des Bois purificateur qui certes s’enrichit mais aide aussi les autres. La morale est ainsi sauvée et le Démon n’est plus forcément celui auquel on pensait.

La mise en scène de Dominique Dolmieu apporte beaucoup de rythme à l’ensemble notamment avec des changements de décor rapides, agrémentés d’une bande son très intéressante. Un échaffaudage brut et froid constitue le fond du plateau, les comédiens y greffent des accessoires afin de figurer les différents lieux de l’intrigue. L’élément principal est sans conteste le fauteuil du barbier, ce piège qui devient de plus en plus imposant au fil de la pièce, évoquant le pouvoir grandissant de Koce. Enfin un beau travail sur les lumières parfait cette atmosphère angoissante.

Ce spectacle hors-norme est mené de main de maître par une troupe de comédiens exaltés. La performance collective est exceptionnelle, avec toutefois une mention spéciale pour Nathalie Pivain et Franck Lacroix pour leurs personnages hauts en couleurs.
Amateurs de curiosités théâtrales, courez-y !

Audrey Jean

« Le Démon de Debarmaalo » de Goran Stefanovski
Mise en scène de Dominique Dolmieu

Avec : Renaud Baillet, Fabrice Clément, Michel Fouquet, Nouche Jouglet-Marcus, Franck Lacroix, Aurélie Morel, Barnabé Perrotey, Nathalie Pivain et Christophe Sigognault

Du 7 au 25 Mars 2012
Du mercredi au samedi à 20H30
Le dimanche à 17H

Théâtre de l’Opprimé

78/80 rue du Charolais
75012 Paris

www.theatredelopprime.com

Audrey Jean