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Le fils

Par Laurent Schteiner, le 27 avril 2012 — 3 minutes de lecture

« C’est sombre et noir en ce moment. » C’est par ces mots que débute ce magnifique texte de Jon Fosse, actuellement à l’affiche du théâtre de la Madeleine. Dans une mise en scène impeccable de Jacques Lassalle, cette pièce revendique clairement la tonalité particulière de l’auteur norvégien qui nous entraine dans son univers baroque et poétique. Servi par des comédiens d’exception, Michel Aumont et Catherine Hiégel notamment, ce spectacle nous ravit par sa sobriété et son éclat singulier. 

 

Sur fond de musique lancinante et oppressante, un couple confie le désarroi de leur solitude et de l’isolement qui les assiègent. La scénographie dépeint un paysage froid représentant des falaises sombres entourant un lac. Au centre des redites appartenant en propre à la langue de Jon Fosse, l’obsession de cette obscurité saisonnière occupe le premier plan. Cette musique d’un nouveau genre exprime l’angoisse de la solitude et de la mort. Tout ce qui est insignifiant revêt un caractère important et crée un sous-texte puissant. On retrouve par moment ces phrases inachevées pleines d’intentions implicites qui baignent cette atmosphère terne. L’environnement inquiétant les rend captifs de ce village désert qui est entrain de mourir par suite d’un exode rural.

 

Soudain, une présence forte se manifeste, celle de leur fils. Ce fils, dont ils n’ont plus de nouvelles depuis tant de temps. Dont ils ne savent s’il a fait de la prison comme la rumeur se plait à le croire. Son apparition suspend le temps et les interrogations. Ils jouent avec la vérité sans l’affronter. Leur faiblesse est telle qu’ils ne peuvent entrevoir une réalité qui pourrait modifier le cours de leur vie. Prenant des accents kafkaïens, Fosse se borne à contourner cette question en l’effleurant. Malgré l’issue tragique, ils se contentent de ne pas affronter la vérité en restant sur des détails confortables. Les silences et les non-dits crient cette vérité tue. Toute la force de Jon Fosse est là, tapie dans ses mots. L’interprétation magistrale des quatre comédiens achève de nous entrainer dans cette œuvre magnifique. Les passionnés des pièces de Jon Fosse y trouveront largement leur compte tant la qualité de ce spectacle est au rendez-vous.

 

Laurent Schteiner

 

Le fils de Jon Fosse

Traduction de Terje Sinding

Mise en Scène de Jacques Lassalle

Avec Michel Aumon, Catherine Hiégel, Stanislas Roquette et Jean-Marc Sthelé

Décor : Jean-Marc Sthelé – Catherine Rankl

Costumes : Arielle Chanty

Lumières : Franck Thévenon

Son : Julien Dauplais

Crédit photos : © Dunnara Meas

 

Théâtre de la Madeleine

19 rue de Surène

75008 Paris

Résa : 01 42 65 07 09 /0892 68 36 22

www.theatremadeleine.com/fnac.com

 

Et aussi aux éditions de l’Arche-éditeur :

 

16 €

ISBN : 978-2-85181-438-8

 

L’Arche éditeur

86 rue Bonaparte

75006 Paris

www.arche-editeur.com

 
 
 

Laurent Schteiner