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Le monologue de la femme rompue

Par Audrey Jean, le 22 avril 2012 — 3 minutes de lecture

Julien Cottereau, molière de la révèlation théâtrale 2007, signe sa première mise en scène actuellement à l’affiche de l’Essaïon. « Le monologue de la femme rompue », texte puissant de Simone de Beauvoir, est interprété ici avec maestria par une actrice au talent prometteur Fane Desrues.


Il s’agit du deuxième récit du recueil « Femme rompue » qui est également la dernière fiction de l’auteur. En ce soir de réveillon, Murielle est seule chez elle abandonnée de tous. Elle déverse alors sur nous un flot d’aigreurs, entraînant le public dans sa solitude et sa douleur de femme meurtrie.

Fane Desrues sublime  ce texte poignant et l’incarne avec une justesse époustouflante. Seule sur scène, elle est d’un bout à l’autre du monologue totalement habitée  par ce personnage à fleur de peau. Murielle oscille en permanence entre la rage, la colère et des moments de fragilité tels que le spectateur ne peut s’empêcher d’éprouver de l’empathie et de vibrer avec elle malgré la véhémence de ses propos.


Vêtue d’une combinaison militaire et de chaussures de boxe rouges, elle est prête à en découdre et à régler ses comptes. Sur le plateau nu, un simple carré au sol illustre ce ring dans lequel Murielle se jette corps et âme. A l’extérieur du ring, elle peut renouer le contact avec le monde et ses proches. Mais Murielle est enfermée dans sa haine et elle finit toujours par retourner au centre du carré blanc.


La mise en scène de Julien Cottereau fait particulièrement résonner les mots forts de Simone de Beauvoir. L’utilisation d’une bande son et le travail sur les lumières enrichissent la sensation d’isolement que vit Murielle au quotidien. On la perçoit en équilibre précaire, constamment au bord de la folie. Les propositions autour du combat sont cohérentes, on est toutefois moins séduits par leur récurrence. Certains effets de mise en scène perdent un peu de leur puissance à force de répétitions. Malgré tout le spectateur reste subjugué par l’intensité de l’interprétation de Fane Desrues et bouleversé par ce texte cinglant de Simone de Beauvoir.

Audrey Jean


« Le monologue de la femme rompue » de Simone de Beauvoir
Mise en scène de Julien Cottereau

Avec Fane Desrues

Jusqu’au 5 Juin 2012, Le lundi et le mardi à 20H

Essaïon 

6 rue Pierre au lard
75004 Paris

Réservations 01 42 78 46 42
www.essaion.com 

Crédits photos : Véronic Roux-Valoir

Audrey Jean