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L'Arche éditeur : Les crimes de Staline

Par Laurent Schteiner, le 8 décembre 2012 — crimes de staline, dekoulakisation, genocidaire, génocide, histoire russie, hitler, holocauste, L'Arche Editeur, Lucernaire, Norman M. Naimark, russie, staline, théâtre — 4 minutes de lecture

 Aborder les crimes staliniens revient à poser la question d’une définition du génocide. Quelle est définition du génocide ?  Dans quelle mesure les crimes staliniens peuvent être rangés parmi les génocides ? Norman M. Naimark, spécialiste de l’ère soviétique  nous livre, dans la collection Tête à Tête de L’Arche Editeur, un essai très complet sur ces années noires qui ont marqué l’URSS des années 30. Il met en lumière les crimes perpétrés par Staline contre les catégories sociales et nationales qualifiées d’ennemis du peuple.

 

La Convention onusienne de 1948 n’indiquait pas clairement que la notion de génocide s’étendait aux déportations et aux assassinats de groupes politiques et sociaux. Cette absence a été davantage le fait de pressions soviétiques que d’un oubli. Mais l’évolution ultérieure du droit international, dans sa jurisprudence finit par englober ce type de barbarie dans cette définition.

 

La personnalité de Staline évolua avec le temps. D’une jeunesse engagée aux côtés de Lénine pour jeter les bases de la révolution, il réussit à se maintenir afin de « sauvegarder » la révolution. La collectivisation des années 30 lui fournit le prétexte d’écarter ceux qui contrevenaient à sa politique. De son échec naquirent des boucs-émissaires que furent des pans entiers de population contre lesquels il accumula de la haine.

 

Le dékoulakisation, considérée par la suite comme une opération génocidaire, fut associée à une diabolisation des « koulaks ». Ces derniers étaient les représentants d’une paysannerie « du haut » car ils disposaient d’un petit capital financier. A ce titre, ils devenaient les ennemis patents de la révolution. Déportés et exilés en Sibérie, certains furent fusillés ou moururent de faim.

 

La vague finale de la dékoulakisation intervint avec l’élimination de groupes sociaux marginaux comme les clochards, les délinquants, les prostituées…Tout ceci sous fond de promulgation de la nouvelle constitution soviétique en 1936. « L’Ordre 00447 » énonçait des quotas d’ennemis à éliminer qui devaient être jugés sommairement et exécutés. Certains étaient déportés et exilés dans les colonies.

 

La famine meurtrière que connut l’Ukraine en 1932-33 fut exacerbée par l’absence de réaction du Pouvoir. Cet acte fut considéré comme un acte de génocide, tant la haine de Staline pour ce peuple qui avait résisté à la collectivisation était grande.

 

Dès le début des années 30, les populations étrangères (coréennes, polonaises et allemandes) furent séparées du restant de la population soviétique. Là encore, déportations et exils dans les colonies furent le lot commun de ces populations. Mais les massacres se poursuivaient également. Les polonais en firent les frais, notamment avec le massacre de Katyn en juin 1940. Les déportations et les réimplantations de peuples (Tchéchènes, Ingouches et Tatars de Crimée) causèrent la mort de nombreuses populations.

 

La grande terreur de 1937-38 d’aspect génocidaire permit l’exil dans des Goulags, la déportation et le massacre de groupes sociaux. Les anciens cadres bolchevicks du Parti, l’élite de la nomenklatura ainsi que leurs familles et amis y trouvèrent la mort.

 

La guerre constitua l’excuse pour Staline de s’en prendre aux nationalités, aux koulaks, aux marginaux… faisant ainsi croire à l’opinion publique qu’ils composaient « une cinquième colonne ».

 

En conclusion, la culpabilité de Staline au regard des massacres est la même que celle d’Hitler. « Il est difficile d’imaginer des opérations génocidaires dans les années 30 sans Staline, de même l’Holocauste n’est pas concevable sans Hitler…Pour nombre de raisons, l’Holocauste doit être considérée comme le pire cas de génocide de l’époque moderne. Les similitudes entre Staline et Hitler sont nombreuses. Tous deux sacrifièrent des vies humaines au nom d’une vision utopiste de transformation de la société. Tous deux furent des génocidaires. »

 

Laurent Schteiner

 

Les crimes de Staline de Norman M. Naimark 

Prix conseillé : 15 €
ISBN : 978-2-85181-781-5

 

Collection Tête à Tête
L’Arche Editeur
86 rue Bonaparte
75006 Paris
www.arche-editeur .com

 

Laurent Schteiner