Théâtre

Marie Tudor

Par Audrey Jean, le 21 octobre 2011 — 3 minutes de lecture

Victor Hugo est à l’honneur au Lucernaire avec cette très belle adaptation de Marie Tudor. Cette tragédie complexe est mise en scène sans artifices, avec une sobriété qui accentue la beauté du texte et le talent des acteurs. Cette pièce historique allie habilement le drame amoureux et une atmosphère de thriller très moderne.

L’histoire de la pièce se déroule sur plusieurs plans  menant  inexorablement à la chute de Fabiani, le favori de la reine Marie. Simon Renard, représentant du prince d’Espagne conspire à sa perte. Complotant dans l’ombre, il s’appuie  implicitement sur une société londonienne qui déteste cet amant encombrant.

Parallèlement Gilbert, ouvrier de son état, se dispose à épouser Jane,  jeune femme naïve qu’il a recueillie enfant.  Jane, ignore tout de sa légitimité. Fille d’un pair du royaume, elle est devenue l’enjeu de Fabiani qui convoite sa fortune. Simon Renard met son plan à exécution en affranchissant Gilbert et en l’enfermant  dans une conspiration mortelle. Sous fond de complots, d’exécutions et de trahisons, cette pièce écrite par Victor Hugo détient tous les ingrédients historiques propres à enflammer le public et le tenir en haleine jusqu’au bout.

Les personnages de cette tragédie sont eux aussi d’une grande complexité. Ils nous apparaissent emplis de noirceur baignant  dans une constante dualité.  Gilbert vit un amour contrarié pour Jane, un hymen qui  le renvoie à une problématique d’inceste. Fabiani, victime du complot et dépourvu de scrupules, justifie tous ses actes délictueux afin de protéger sa réputation. Simon Renard, en parfait arbitre, prend les reliefs d’un Machiavel dont l’ambition secrète se révèle au fil de la pièce. Marie Tudor apparait davantage dominé par son amour que par son devoir de reine.

Un très beau jeu de lumière contribue à nous plonger dans une ambiance pesante digne d’un drame policier contemporain. Le plateau, embrumé et sombre, évoque les ruelles de Londres. Par opposition, les appartements de la reine sont plus éclairés et ornés de tentures rouges. La scénographie  prête à l’intrigue les allures du complot, de la passion et de la mort. Les costumes sont volontairement sobres. Ils représentent l’opposition entre le rouge qui traduit la passion et le pouvoir et le blanc qui incarne la morale.

Les comédiens jouent subtilement avec les nuances de leurs personnages et contribuent à garantir un suspense à ce drame classique.  On notera la très belle performance de Florence Cabaret qui incarne Marie Tudor, personnage  implacable mais plein de sensibilité. Malgré quelques longueurs, cette adaptation transpose ce classique de Victor Hugo à un niveau très contemporain. L’amour, la politique, le meurtre, l’injustice sont d’autant de thèmes chers à l’auteur et sont ici retranscrits avec émotion et simplicité.

Audrey Jean

Marie Tudor de Victor Hugo
mise en scène de Pascal Faber

avec: Pierre Azema, Florence Cabaret, Stéphane Dauch, Pascal Guignard, Fréderic Jeannot, Florence Le Corre, Sacha Petronijevic, Flore Vannier-Moreau
Crédits photo: David Krüger

Du 12 octobre au 27 novembre 2011
du mardi au samedi à 21h30

les dimanches à 15h

Le Lucernaire

53 rue ND des champs

75006 Paris

résa : 01 45 44 57 34

www.lucernaire.fr

Audrey Jean