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Oncle Vania

Par Laurent Schteiner, le 13 mars 2012 — 3 minutes de lecture

Les Amandiers mettent actuellement à l’honneur ce classique de Tchekhov et nous offrent un spectacle de toute beauté signé Alain Françon. Cette pièce, emmenée par un « Oncle Vania » remarquablement interprété par Gilles Privat, traduit à la perfection l’univers de Tchekhov dans une scénographie très réussie.

 

Le temps d’un été, le temps de quelques scènes de vie à la campagne, la vérité des uns va croiser les désirs et les déceptions des autres.  Le professeur Sérébriakov, vient de se retirer à la campagne avec son épouse Elena sur le domaine familial de sa première femme. Sa fille et Oncle Vania exploitent ce domaine depuis toujours. Le docteur Astrov a pris l’habitude de partager son temps avec cette famille. La venue d’Elena crée le trouble chez Oncle Vania et le docteur Astrov. La décision du professeur de vendre la propriété pour des raisons financières va précipiter le drame qui couvait depuis fort longtemps. Cette décision sera le prétexte pour chaque protagoniste d’exprimer violemment son mal-être.

 

La mise en scène très réussie d’Alain Françon tient sur une analyse très aboutie de l’auteur. « Pour ne citer que Verlaine : si le théâtre de Tchekhov s’accorde avec la nuance, alors point de couleur.  Le théâtre de Tchekhov est un théâtre ou l’essentiel que le public recherche dans les dialogues s’évapore en périphérie. » De ce fait aucun jugement n’est possible. Les spectateurs ne peuvent que constater les faits. De même une résonnance sémantique des mots  est à souligner d’une scène à l’autre. Ainsi certains mots sont triturés et définissent des axes transversaux, voire des thèmes centraux de la pièce. Tout ici concourt à caractériser le comique de Tchekhov. Mais face aux désillusions, le principe de réalité finit par s’imposer en  emportant tout.

 

Les interprètes de cette pièce sont impeccables. Ils respectent tous le caractère ennuyeux de leurs personnages. On est en présence d’une composition picturale où les quelques notes de musique égrenées soulignent la comédie propre à l’univers de Tchekhov. Selon Anatoly Smelianski, directeur de l’école du Théâtre d’Art de Moscou, « il y a un déplacement de fond à noter au regard des personnages. Ils vivent alors que leur destin se tisse. Coupable et innocent à la fois, chaque personnage contient en lui cette dualité. « L’intérêt de Tchekhov a davantage trait au drame de la vie que le drame dans la vie ! »

 

Laurent Schteiner

 

Oncle Vania, scène de vie à la campagne d’Anton Tchekhov

 

Mise en scène d’Alain Françon

Dramaturgie : Guillaume Lévêque

Scénographie : Jacque Gabel

Lumière : Joël Hourbeigt

Costumes : Patrice Cauchetier

Musique : Marie-Jeanne Séréno

Son : Daniel Deshays

Coiffures, Maquillage : Véra Frossard

 

Avec

Eric Caruso (Mikhaïl Lvovitch Astrov), Catherine Ferran (Marina), Jean-Pierre Gos (Ilia Ilitch Téléguine), Guillaume Lévêque (un valet de ferme), André Marcon (Alexandre Vladimirovitch Sérébriakov), Laurence Montandon (Maria Vassilievna Voïnitskaïa), Gilles Privat (Ivan Petrovitch Voïniski ou Oncle Vania), Barbara Tobola (Sophia Alexandrovna ou Sonia) et Marie Vialle (Elena Andréevna)

 

Théâtre Nanterre-Amandiers

7  avenue Pablo Picasso

92000 Nanterre

Tel : 01 46 14 70 00

www.nanterre-amandiers.com

du mardi au samedi à 20h30, dimanche à 15h30

 
 
 

Laurent Schteiner