Phénix Festival : Focus sur la mise en scène de Amours par Vanessa Sanchez

par | 27 Mai 2022

A quelques jours de l’ouverture du Phénix Festival 2022, Vanessa Sanchez a accepté de revenir sur son travail d’adaptation du roman Amours, à l’affiche du théâtre de L’Opprimé les 2 et 3 juin prochains.

Quelle a été la genèse du projet ?
« Une amie m’a offert ce roman de Leonor de Recondo à mon anniversaire. Au départ, je n’avais pas du tout l’intention d’en faire un spectacle. Quand je l’ai lu la première fois, j’ai été complètement traversée par cette histoire. Des images me sont apparues. Je trouve ce roman très cinématographique. A la deuxième lecture, mon envie de l’adapter au théâtre s’est confirmée. J’ai donc demandé l’autorisation à Leonor qui m’a chaleureusement donné son feu vert pour adapter son récit. Le confinement est tombé à point nommé et m’a permis de m’atteler à la réécriture de l’œuvre qui m’a demandé beaucoup de temps. »

 Comment vous est apparue la mise en scène ?
 » Je me suis vite aperçue que je pouvais facilement intégrer de la danse. Je suis très attachée au rapport au corps et à son expressivité. C’est très lié au théâtre et c’est d’ailleurs de cette façon que je le conçois. J’ai tout de suite imaginé de transposer les scènes charnelles de façon poétique, à travers la danse. Dès mes premières lectures, j’avais pensé à produire une écriture qui se concentrerait sur le duo de femme de l’histoire. Je voulais me recentrer sur ces deux personnages, en représentant les autres protagonistes par des marionnettes. Selon la classe sociale des personnages, les matériaux des fantoches varient. Ils sont rigides et composés de matières nobles pour représenter les bourgeois et faits de matières malléables et souples dans le cas des prolétaires. »

Quelles contraintes vous sont apparues à la lecture, au plateau ?
« Il s’agissait comme le veut le travail d’adaptation, de faire des choix de coupes. J’ai donc dû laisser de côtés des passages qui me parlaient fortement mais qui étaient trop explicatifs. En intégrant de la narration, j’ai pu sauvé de très beaux moments littéraires du roman. Ca a eu pour conséquence de me contraindre à me séparer de beaucoup de personnages que j’adorais, notamment Pierre. Ce qui m’a posé  des difficultés lorsque j’ai travaillé la mise en scène, était de faire en sorte qu’il existe une unité entre la danse, les marionnettes et le théâtre, sans que cela apparaisse plaqué, artificiel. »

Quelles libertés par rapport au texte se sont imposées lors du travail au plateau ?
 » Je n’en ai pas pris beaucoup. La partition de la pièce est dans le livre, excepté quelques transitions. Tout ce que disent les personnages figure dans le roman, mot pour mot. Après avoir vu la première version du spectacle, Leonor m’avait donné carte blanche pour me  réapproprier son texte. Bien que son texte tel qu’il est me plaît, je me suis autorisée beaucoup de coupures. »

Comment s’est imposé le choix de la distribution ?
« Je voulais faire exister 3 comédiens dans ce spectacle, 2 femmes et 1 homme. Lorsque j’ai lu le texte, j’ai tout de suite pensé aux personnes à qui j’aurais envie de confier ces rôles là. Je me suis entourée de deux personnes très proches de moi dans le travail : Déborah et Manu. Déborah fait beaucoup de danse classique. Je savais qu’elle pourrait aller très loin dans le travail corporel. La troisième protagoniste Céleste a fait l’objet d’une audition. Je cherchais une comédienne qui saurait à la fois très bien joué et très bien dansé. Toutes les filles qui se sont présentées dansaient de façon très aérienne, or je voulais une danseuse très terrienne, ancrée dans le sol pour représenter cette petite bonne de manière crédible. Aurélia est une danseuse de hip-hop ce qui correspond bien. »

Comment s’est déroulé le travail avec les comédiens ?
« Au début de la résidence qui a duré 9 semaines, on a lu et relu mon adaptation à table pour voir ce que la musique de mon texte donnait. Ensuite on s’est concentré sur le travail de la danse avec la chorégraphe Jessica Fouché. Je lui ai commandé des chorégraphies à chaque endroit où j’avais imaginé des séquences dansées. On a avancé comme cela, scène par scène. La costumière Odile Laforgue et la scénographe Blandine Viellots  été très présente pendant cette résidence. Parallèlement à ce travail,  j’envoyais des vidéos au compositeur chargé de créer la musique du spectacle. »

Entre la mise en scène et la direction d’acteurs quel rôle à votre préférence ?
« J’aime les deux. Elles sont aussi importantes l’une que l’autre. »

Une anecdote marquante sur ce travail de création à nous partager ?« Le souvenir le plus marquant c’est la représentation professionnelle qu’on a donné, faute de pouvoir jouer la première du spectacle à cause de la covid. Je me souviens avoir fait une nuit blanche la veille, c’était tellement douloureux .Ce n’est jamais facile de jouer devant des professionnels. Et pourtant, la représentation a été magique. L’émotion était palpable dans cette petite salle, c’était puissant. Je ne suis plus jamais redescendue de mon nuage. »

Un mot pour définir votre rapport à la mise en scène ?
« Vibration. Le théâtre ce n’est qu’une histoire, d’énergie, d’émotions. Il s’agit de toucher les gens au ventre pour faire changer le monde. »

 

Propos recueillis par Marie-Amélie LORHO

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