Amaan fait partie des très jolis spectacles musicaux de la programmation du Phénix 2022. Ce conte électro  » a été écrit et mis en scène par Julie Métairie avec la complicité de Cille Lansade et de Mathilde Tirard, sa partenaire de jeu et artiste DJ au plateau. La jeune femme a accepté de revenir sur son travail de création dans le cadre de notre format focus.

Quelle a été la genèse du projet?
« Il y a 5 ans, j’étais en 3eme année au Laboratoire des conteurs de La Maison du Conte. Ils nous ont demandé de produire une écriture personnelle sur le thème de la tragédie contemporaine. A l’époque, j’écrivais depuis un bon moment et je venais de clôturer ma première longue histoire d’amour. Le cœur en miettes, je suis partie de mon état pour raconter le récit d’une fille qui ramasse les miettes. .Son prénom Amaan m’est venu en rêve. C’est prénom mixte très polysémique selon les cultures. »

Comment vous est apparu la mise en scène ? 
« Sobrement, dans les débuts. Je n’avais pas en tête d’élaborer un décor. J’avais pensé à montrer une conteuse, seule en scène. J’ai par la suite fait la rencontre d’une musicienne DJ, Mathilde Tirard et j’ai eu envie que l’on soit deux sur scène. On a beaucoup travaillé ensemble sur le texte et on a fait appel à une scénographe pour penser, avec nous, l’idée d’un décor épuré dont l’élément central serait des briques. »

Comment s’est déroulé le travail avec les comédiens ? 
« On s’est beaucoup filmé pour pouvoir se regarder jouer. Ensuite, Cille Lansade a intégré le projet et est devenue la co-metteuse en scène. C’est une artiste issue des arts du cirque. Elle a apporté un esthétisme et une direction de jeu qui ont conféré une dimension très visuelle et presque chorégraphique au projet. »

Pourquoi avoir choisi de mettre autant en avant la danse et la musique dans le spectacle?
« La danse, c’est la liberté. C’est le cadre dans lequel on se reconnecte à son corps et on l’accueille comme il est. C’est important de pouvoir renouer avec son corps surtout au sein d’une société qui nous amène à lutter contre nos enveloppes corporelles. Amaan, c’est un appel à la danse, à se remettre debout et envoyer valser les codes. C’est une création à l’intersection de plein de domaines artistiques que ce soit la danse, le chant, la musique, le conte… »

Quelles libertés par rapport au texte se sont imposées lors du travail au plateau ? 
« Enlever beaucoup de mots. A certains passages, le son, le corps ou l’image jouent un rôle tel que le texte n’avait plus sa place. « 

Un mot pour définir votre rapport à la mise en scène ?
« La beauté. Pour moi l’esthétisme d’une mise en scène est ce qui permet d’attirer le regard sur un propos nécessaire. Cela dit, il faudrait définir la notion du beau qui est relative (rires). Lorsque quelqu’un te dresse une table soignée parce qu’il a envie de partager un repas avec toi, tu ne t’assois pas de la même manière. L’esthétique d’un spectacle est à mon sens ce qui permet de créer un terrain favorable à la rencontre avec le spectateur. »

 Une anecdote marquante lors de ce travail de mise en scène ?
« Je me souviens du moment où j’ai écrit le rap de Marseille (rires).
Quand j’en ai parlé à Mathilde et qu’elle a commencé à composer la musique, je me suis rendue compte de la connexion très forte qui existait entre nous. On a composé ce morceau ensemble finalement. J’ai beaucoup malaxé mon texte en fonction de ce qu’elle me proposait. On s’inscrivait véritablement dans un genre hybride, le conte-électro, fabriqué ensemble. »

Propos recueillis par Marie-Amélie LORHO

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