Phénix Festival : « K-mille » d’après Camille Claudel

par | 9 Juin 2022

Dans le cadre du Phénix Festival, le Studio Hébertot nous a offert un spectacle marqué par une profonde originalité et un bel esthétisme, K-mille. Le texte, sur lequel repose la pièce, est tiré des échanges épistolaires de Camille Claudel et adapté par Anaëlle Queuille et Jean Husson.  Dans une mise en scène léchée, ouvrant la voie à une version corporelle, Anaëlle Queuille jette un autre regard sur cette tragique histoire. 

D’entrée de jeu, Anaëlle Queuille nous fait pénétrer dans l’atelier où œuvre Camille Claudel. Du plâtre en pagaille jonche le sol de cet atelier. Côté cour un duo, composé d’une violoniste et d’un violoncelliste, accompagne ce spectacle ballet. Des modèles vivants en guise de statues en devenir sont disposés dans l’atelier. Nous sommes au coeur de la création. Son génie de statuaire sera remarqué par Auguste Rodin dont elle tombera amoureuse et deviendra sa maitresse. S’admirant l’un l’autre, ils feront un bout de route ensemble. Mais la vie finira par les séparer. Ambition, rancœur, compétition, tous ces éléments seront au centre de leur discorde. le désenchantement de Camille, son absence de moyens financiers pour créer, et son basculement dans la paranoïa achèveront de la discréditer auprès d’une communauté élitiste et misogyne. De facto, Anaëlle Queuille dénonce le traitement injuste et misogyne perpétré à l’encontre d’une femme dont la réussite éclatante éclabousse d’opprobre un milieu d’artistes traditionnellement masculin. Elle pousse son raisonnement en questionnant la menace que peut représenter un génie féminin dans une société patriarcale. A ce titre, son internement pose question.

Le corps est le personnage principal de cette pièce. Autour de ce corps célébré, sculpté et travaillé, Caroline Jacquemond a créé de très belles chorégraphies à la Pina Bausch où il devient un magnifique objet de contemplation. La grâce, qui en émane, couplée à la musique et au jeu des lumières donne à ces tableaux vivants un cachet incomparable. Saluons la qualité de l’interprétation de Kate Perrault et d’Anaëlle Queuille dans ce joli spectacle.

Laurent Schteiner

K-mille d’après les écrits de Camille Claudel
Adaptation de Anaëlle Queuille et Jean Husson

Avec Pierre Boulben, Ariane Issartel, Caroline Jacquemond, Antoine Leveau, Kate Perrault, Anthony Ponzio, Anaëlle Queuille & Anna Swieton 

  • Création musicale : Ariane Issartel & Anna Swieton
  • Chorégraphie : Caroline Jacquemond 
  • Scénographie  : Thibault Seyt et Inès Collet 
  • Lumières : Cécille Pierret 

Festival Off Avignon : Fabrik Théâtre à 16h

 

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