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Prix du Théâtre 13 : Ni Dieu ni diable

Par Laurent Schteiner, le 22 juin 2014 — Prix du theatre 13 — 3 minutes de lecture

C’est sur un texte d’Augustin Billetdoux, Ni Dieu ni diable, d’après Les Deux étendards de Lucien Rebatet, que s’achève cette deuxième semaine de concours. La thématique principale de l’œuvre est puissante car elle s’adresse à une société désenchantée en quête d’authenticité loin de ses mirages virtuels. Ce thème très porteur reprend à revers tous les poncifs du XXe siècle afin d’envisager une aventure mystique, un projet pour l’éternité. Le superbe rendu de Julie Duquenoÿ, associée à la belle plume d’Augustin Billetdoux, apporte un magnifique écho à l’œuvre de Lucien Rebatet.

Trois jeunes gens, Michel, Anne-Marie et Régis occupent le centre de cette histoire sentimentale en fomentant un projet de contre-culture révolutionnaire, un amour chaste et mystique pour l’éternité. Bien que situé au début du XXe siècle, l’esprit de cette pièce bat en brèche les paradis artificiels nés du rock ou encore une société de consommation qui consume rapidement les sentiments amoureux. A l’inverse des hippies qui prônaient l’amour libre, ce projet d’amour chaste, voulu par Anne-Marie, Régis et Michel, témoigne d’un besoin de pureté salvatrice dans un monde voué au déclin. Cet esprit visionnaire, qu’ils envisagent pour eux-mêmes, empreint de naïveté et d’humanisme ne pourra tenir toutes les ambitions qu’il s’est données. Cette jeunesse doutant d’elle-même ne parviendra pas à consolider ce vœu pieux.

Affiche concours T13

Ce spectacle, dès les premières minutes, nous embarque dans cette histoire hors-norme dans un rythme qui laisse peu de répit au public. Les respirations musicales soulignent à bon escient les moments de pause nécessaires à la dramaturgie de la pièce. Les dialogues et les réflexions rebondissent d’un personnage à l’autre avec précision, humour et parfois de façon tragique. La mise en scène précise de Julie Duquenoÿ et le beau travail d’écriture d’Augustin Billetdoux concourent à la réalisation de ce très beau sujet. Les six comédiens sont excellents et nous emmènent ailleurs dans une utopie où il fait bon s’y réfugier.

Si Michel et Anne-Marie choisissent de rompre avec cette philosophie, ce sera pour le pire. Anne-Marie regrettera toujours la lumière et la pureté de sa relation avec Régis. Saluons Lou de Laâge, Clément Séjourné, Damien Zanoly, Mathieu Graham Ariane Brousse et Pierre Vos qui nous ont livré avec talent cette magnifique histoire d’amour. A l’instar de François Mitterrand, nous pourrons désormais déclarer : « il y a ceux qui ont vu ni Dieu, ni diable et ceux qui ne l’ont pas vu ! »

Laurent Schteiner

Ni Dieu ni diable d’Augustin Billetdoux d’après Les Deux étendards de Lucien Rebatet

Mise en scène de Julie Duquenoÿ

avec Lou de Laâge, Clément Séjourné, Damien Zanoly, Mathieu Graham Ariane Brousse et Pierre Vos

Scénographie et lumières : Julie Duquenoÿ

réalisation scénographie : Jérôme Nicol

Théâtre 13

Laurent Schteiner