Articles

Prix du Théâtre 13 : Papiers d'Arménie ou sans retour possible

Par Laurent Schteiner, le 11 juin 2014 — caroline safarian, papiers d'arménie ou sans retour possible, sevane sybesma, Théâtre 13 — 3 minutes de lecture


Le Prix du théâtre 13 des Jeunes metteurs en Scène s’est ouvert ce 10 juin avec Papiers d’Arménie ou sans retour possible de Caroline Safarian. Cette pièce ambitieuse témoigne du déni de mémoire du génocide arménien, perpétré par les turcs, il y a tout juste cent ans. Dès lors la transmission de mémoire de ce triste héritage aux générations futures devient essentielle à l’identité de ce peuple martyrisé. Transmettre, parler, faire jaillir le verbe, tel devient le crédo du peuple arménien. Sévane Sybesma a choisi de mettre en lumière cette thématique à travers des univers différents, en proposant un spectacle peut-être un peu trop riche. Gageons que ce spectacle trouvera son équilibre avec l’expérience de la scène.

Deux hommes se rencontrent dans un train. L’un est turc, Levent et l’autre est arménien, Azad. Tous deux se rendent à une audition théâtrale. Mais Levent n’a pas ses papiers. Azad lui proposera son identité. Ce moment de fraternité passager laissera la place aux fantômes du passé qui vont remonter et perturber cette rencontre. Une confrontation qui deviendra de plus en plus compliquée et difficile.

Affiche concours T13

Sévane Sybesma illustre cette confrontation dans laquelle ces deux hommes évoluent par un carrousel situé au centre de la scène. Tournant tous les deux dans le même sens que ce carrousel, ils s’invectivent et tentent de se comprendre. Ce manège tournant en sens inverse prend alors tout son sens. Les chants fleuris en arménien et les monologues à l’antique qui s’élèvent du chœur sont très beaux et soulignent la détresse identitaire d’Azad face à Lavent, pour qui ce génocide est un non-événement ou davantage une guerre entre les deux peuples. Jouant avec le burlesque, Sévane Sybesma dénature l’aspect dramatique de cet antagonisme sans fin par le ridicule du déni turc. Ce décalage traduit davantage encore l’horreur du génocide.

Les puristes auront sans doute à cœur de souligner la difficulté à transcrire une thématique complexe qui gagnerait sans doute en efficacité par davantage de simplicité. Mais ne boudons pas notre plaisir, Papiers d’Arménie ou sans retour possible a fait une belle entrée dans ce concours.

Laurent Schteiner

 

Papiers d’Arménie ou sans retour possible de Caroline Safarian

Mise en scène de Sévane Sybesma

Avec Loreleï Daize, Nouritza Emmanellian, Stéphanette Martelet et Véronique Boukali (musicienne), Pascal Neyron, Maximilien Neujahr et Vincent Delouzillière.

 

  • Musique : Sévane Stépanian et Véronique  Boukali
  • Scénographie : Nicolas Vuillier
  • Lumières : Flore Marvaud
  • Costumes : Clarisse Mizrahi

Théâtre 13
www.theatre13.com

 
 

Laurent Schteiner