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Par Laurent Schteiner, le 20 mai 2012 — 3 minutes de lecture

Le Théâtre National de Chaillot nous offre actuellement une œuvre de Wajdi Mouawad où le principe de temporalité s’impose dans cette pièce avec une déclinaison historique, mythique et messianique. Cette approche permet à l’auteur de nourrir une belle mise en scène sur fond d’apocalypse. Fruit d’un long travail de préparation dans un laboratoire en constant développement, cette œuvre est née et portée sur les fonds baptismaux de l’autel d’une écriture elliptique, voire abstraite où la question du mal s’approprie la scène en réinventant des espaces et des phrases pensées différemment.

 

Une ville rebattue par des vents violents à la frontière du Labrador dont la température peut descendre jusqu’à -60°. Un mur géant a été dressé pour lutter contre le froid et la violence de ces vents. Une atmosphère d’apocalypse convoque trois destins dont le passé commun les amène à régler la succession de leur père en train de mourir. Trois êtres, Edward, Noella et Arckady en quête d’eux-mêmes se retrouvent autour d’un père pédophile ayant pratiqué des sévices sexuelles sur sa plus jeune fille. Des hordes de rats envahissent la ville, témoin de l’hallali qui semble guetter les protagonistes de cette sordide histoire : une fratrie naturelle qui se découvrira à travers ce voyage horrifique et glacé. Cependant le visage du mal s’impose avec une certaine candeur inexpliquée mais qui conduit malgré tout à une délivrance commune. Ce spectacle poignant nous prend aux tripes tellement la vision de Mouawad s’appuie sur la construction d’une illusion réinventée et repensée. On quitte un monde pour un autre sous un prisme particulier mais dont l’inquiétude nous sert toujours de « boussole ».

 

Une scénographie froide envahit la scène de Chaillot avec des arrangements sonores de vents violents qui balayent la scène. Les personnages apparaissent forts et complètement déstructurés à la recherche de leur âme. Une vie, un passé à reconstruire sur les oripeaux nauséabonds d’un patriarche à la dérive et dont le destin malheureux est scellé. Celui de finir comme un chien crevé au fil de l’eau. Les comédiens, tous québécois, sont excellents et les couleurs qu’ils font vivre à leurs personnages complètent cette mise en scène étonnante. De la belle ouvrage !

 

Laurent Schteiner

 

Temps de Wajdi Mouawad

 

Mise en scène de Wajdi Mouawad

Avec Marie-José Bastien, Jean-Jacqui Boutet, Véronique Côté,Gérald  Gagnon, Linda Laplante, Anne-Marie Olivier, Valeriy Pankov et Isabelle Roy.

Assistance à la mise en scène : Alain Roy

Conseil artistique : François Ismert

Dramaturgie : Charlotte Farcet

Scénographie : Emmanuel Clolus

Costumes : Isabelle Larivière

Lumières : Eric Champoux

Musique : Michael Jon Fink

Son : Jean-Sébastien Côté

Maquillages : Angelo Barsetti

Direction technique et régie plateau : Geoffrey Levine

Régie son : Yann France

Habilleuse : Audrey Gaudet

 Crédits photos : Vincent Champoux

 

Théâtre National de Chaillot

Salle Jean Vilar

1 Place du Trocadéro

75516 Paris

www.theatre-chaillot.fr

Renseignements : 01 53 65 30 00

Texte édité chez Actes Sud-Papiers

Prix 12 €

ISBN : 978-2-330-00538-2

www.actes-sud.fr/collection/actes-sud-papiers

Laurent Schteiner