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Théâtre : A nu

Par Audrey Jean, le 5 avril 2014 — A nu, Marc Saez, Sydney Lumet, Tom Fontana, Vingtième théâtre — 4 minutes de lecture
Après un beau succès au Off d’Avignon en 2012 “A nu” la création percutante de Marc Saez est de nouveau à l’affiche à Paris jusqu’au 20 Avril au Vingtième Théâtre. Véritable plaidoyer pour la dignité cette pièce inspirée du film de Sydney Lumet  “Mises à nu” met en parallèle deux interrogatoires de cellules secrètes et ne vous laissera certainement pas indifférent ! 
 
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Deux interrogatoires menés dans deux pays différents : la Chine et les Etats-Unis. Ces pays ne jouissant pas du même rapport à la liberté cette confrontation devrait mettre en lumière des méthodes radicalement opposées.  En théorie seulement, car visiblement en matière de suspicion de terrorisme tous les coups sont permis et les suspects ne seront très vite plus considérés comme des êtres humains.  
 
 
Il s’agit à l’origine d’un texte écrit par Tom Fontana largement plébiscité pour la création des séries télévisées “Oz” et “Borgia”. On y retrouve donc ce style incisif, coup de poing avec une réelle volonté de pointer du doigt la mise en danger de la notion de démocratie. Marc Saez s’approprie ce texte dans une mise en scène très cinématographique. Evidemment au delà de son sujet la pièce constitue un premier choc, visuellement tout d’abord, installant une gêne persistante vis-à-vis de cette nudité si crûment exposée. Mais finalement ce qui dérange le plus et nous met profondément mal à l’aise c’est l’humiliation verbale que vont subir les deux interrogés. Aucune issue pour eux n’est possible, ils sont d’entrée de jeu considérés comme coupables par leurs oppresseurs. Les pistes sont brouillées, l’impression de surréalisme terrifiant est d’ailleurs renforcée par la répétition du texte dans les deux espaces différents. Alors qui du suspect ou de l’agent est le plus dangereux ? Sous couvert de protéger une nation peut-on aller à des extrémismes pareils en matière de dégradation de l’humain ? Jusqu’à quel point doit-on préserver la dignité de celui que l’on interroge ? Dans un pays tel que les Etats-Unis peut-on réellement avoir confiance en la présomption d’innocence ? Autant de questions qui vous assailliront et persisteront dans votre esprit car la pièce joue sur le fait que cette situation parfois proche de l’absurde pourrait arriver à chacun d’entre nous et c’est bien en cela qu’elle provoque des bouffées d’angoisse. Dans cette mise en scène on regrettera cependant une utilisation un peu trop systématique et didactique de la voix off qui altère l’émotion et le dynamisme de certaines parties notamment dès le début du spectacle. La répétition mot à mot du texte sur toute une partie de la pièce est fort intéressante et contribue largement à la montée du malaise jusqu’au paroxysme de tension final mais l’ensemble manque parfois de théâtralité. Quoiqu’il en soit  les interprètes se donnent entièrement à cette création et l’on ne peut que saluer leur courage de s’investir dans des textes aussi audacieux !  
 
Audrey Jean 
 
“A nu” de Tom Fontana 
 
Adaptation et Mise en scène Marc Saez
 
Avec : Véronique Picciotto, Helmi Dridi, Anatole Thibault et Pascale Denizane
 
Jusqu’au 20 Avril 
Du mercredi au samedi à 19H30
Le samedi et le dimanche à 15H
 
Vingtième Théâtre 
7 rue des plâtrières 
75020 Paris

Audrey Jean