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Théâtre : "Anaïs Nin, une des ses vies" de Wendy Beckett

Par Laurent Schteiner, le 21 mars 2019 — anais nin, theatre de l'Athénée-Louis Jouvet, wendy beckett — 4 minutes de lecture

Le théâtre de l’Athénée-Louis Jouvet nous propose actuellement une très belle pièce de Wendy Beckett sur l’une des vies d’Anaïs Nin. Disposant d’une belle mise en scène, elle parvient à mettre en relief sa rencontre avec Henry Miller à Paris dans les années 30. Assis sur des faits authentiques, Wendy Beckett nous livre cette page d’histoire littéraire et révèle la part d’ombre de cette auteure de talent qui est devenue une référence dans le monde de la littérature. Un spectacle troublant à voir d’urgence !

Anaïs Nin s’avance sur scène, avec un air mutin. Elle prend la parole afin de s’adresser à son auditoire toute empreinte d’une sensualité qu’elle exhale avec distinction. Débattre de la littérature, c’est parler de son amour pour l’écriture. Cette femme aux multiples facettes intrigue. Sa classe naturelle ne soucie guère de la réputation de femme fatale qu’on lui a attribuée.

Mais que recouvre ce secret si bien entretenu par ses soins ? Pour cela, il faut remonter aux sources et découvrir le cruel abandon de son père dans sa petite enfance, un traumatisme qui pèse désormais sur sa vie et l’influence dans son existence. Comment retenir quelqu’un qui vous a échappé ? Les séances chez le Docteur Otto Rank se multiplient mais Anaïs tourne autour de la vérité pour ne pas abandonner les lambeaux de souvenirs de son père, et plus particulièrement son caractère volage. De ce drôle d’héritage Anaïs en revendique son parfum  tant l’abandon de son père lui fait si tristement défaut. Cette distanciation se conçoit comme un contre-emploi à cette illusion de garder intacte la mémoire de ce père. Surfant sur le complexe d’Œdipe, Anaïs Nin œuvre avec Otto Rank pour en finir avec un comportement et des ressentis qui ne définissent guère son père. Etre soi et libre impliquent un changement profond de sa personnalité. A la croisée des chemins de sa vie, elle rencontre Henry Miller et sa femme June. Tombant follement amoureuse de ces deux êtres extravagants et totalement dissociés, elle goute une passion fiévreuse qui la meurtrit profondément. Et si la guérison se passait par un lâcher prise de son passé se traduisant en un adieu salutaire à ce père et à ses propres chimères…

Wendy Beckett a choisi de rendre hommage à Anaïs Nin, cette femme passionnante qui a su marier la littérature  avec sa passion pour le charnel. Sa rencontre avec Henry Miller, loin d’être anecdotique a longtemps été considérée comme un couple « d’écrivains parfaits ». Célébrée dans les années 70 pour ses écrits érotiques, elle continue à titre posthume de nous hanter. La direction d’acteurs de Wendy Beckett est très fine et soignée. Les personnages sont bien campés et disposent d’une forte présence scénique. Célia Catalifo est proprement magnétique, elle irradie de la sensualité et de la classe. Son interprétation est minutieuse et parfaite. Laurent Maurel campe un Henry Miller fidèle à sa personnalité en y apportant une note très équilibrée. Mathilde Libbrecht incarne June, cette femme libre, désinvolte, sensuelle et amoureuse d’Anaïs. Son interprétation explosive est formidable. Enfin Laurent d’Olce, dans son rôle d’Otto Rank, représente l’issue heureuse d’Anaïs. Un rôle drôle et tendre à la fois. Saluons l’exigence de ces comédiens qui sont su travailler avec une extrême minutie cette très belle pièce.

Laurent schteiner
 
Anaïs Nin, une de ses vies  de Wendy BECKETT
traduction de Park KRAUSEN et Christof VEILLON
Mise en scène de Wendy BECKETT
Avec Célia CATALIFO, Laurent d’OLCE, Mathilde LIBBRECHT et Laurent MAUREL

  • Scénographie : Halcyon PRATT
  • Créatrice costumes : Sylvie SKINAZI
  • Création lumières : François LENEVEU
  • Création sonore : Ray THOMAS
  • Créateur technique et créateur sonore adjoint : Sébastien ANGEL
  • Sculpteurs papier : Li HONGBO
  • Constructeur décors : JIPANCO
  • Assistante à  la mise en scène : Diana ILIESCU VIBERT
  • Assistante scénographe : Capucine GROU-RADENEZ
  • Habilleuse : Marion VANESSCHE
  • © photos Christine COQUILLEAU

Théâtre de l’Athénée-Louis Jouvet
Square de l’Opéra Louis Jouvet
75009 Paris
Locations : 01 53 05 19 19
du 13 au 30 mars 2019
 
 
 

Laurent Schteiner