Articles

Théâtre : Avec SuperBarrio, Jacques Hadjaje met le Théâtre 13 aux couleurs du Mexique

Par Audrey Jean, le 21 mars 2016 — Jacques Hadjaje, Mexico, SuperBarrio, Théâtre 13 — 4 minutes de lecture

Jacques Hadjaje signe le texte et la mise en scène d’un conte social déjanté et haut en couleurs actuellement à l’affiche du Théâtre 13. « La joyeuse et probable histoire de SuperBarrio que l’on vit s’envoler un soir dans le ciel de Mexico » nous entraine dans les ruelles mexicaines turquoises assister à la naissance d’un défenseur des sinistrés, vaillant combattant pour les droits des plus pauvres et ex-lutteur de Lucha Libre de surcroit . A l’heure où gronde dans plusieurs pays le mouvement des indignés, le spectacle sous des dehors fantasques et délurés n’en oublie pas de rappeler les inégalités fondamentales entre les puissants et les autres, ceux qui n’ont plus que les pierres et les débris pour pleurer.

24816878435_1171393f91_b24521348680_f355cbfd1a_b

Un terrible tremblement de terre terrasse Mexico en 1985. Des quartiers entiers, mal construits et surpeuplés se retrouvent totalement détruits laissant à la rue des milliers d’habitants sans ressources. De ces débris va naitre SuperBarrio, un ouvrier et ancien champion de Lucha Libre, il revêt sa combinaison rouge et or et entreprend tel un Zorro des faubourgs de faire régner la justice pour ses pairs. Dans son quartier, populaire et mixte c’est le moins que l’on puisse dire, se côtoient un ange, une stripteaseuse, un travesti, un cousin policier en mal d’amour, un suicidaire en quête d‘un canal où se jeter, sans oublier sa sœur championne toutes catégories du chocolat chaud un peu bigote et complètement mère-poule avec son super-héros de frère. La galerie de personnages ne serait pas complète sans une terrible méchante l’impitoyable Madame Soledad, une femme d’affaire sans pitié qui ne songe qu’à faire du profit avec son entreprise de construction aux dépens des sinistrés. Comment SuperBarrio va-t-il se sortir de cette épreuve ? Résistera-t-il aux tentatives de corruption, à l’appel insistant du pouvoir politique ?

Ce conte est inspiré d’un personnage réel, SuperBarrio a bel et bien existé et d’autres après lui font tout autant figures de héros ordinaires pour les plus nécessiteux. Par delà l’aspect drolatique la pièce de Jacques Hadjaje rend donc un bel hommage à ceux qui, à leur niveau, se réveillent pour tenter de bouger les lignes, ceux qui prennent leur courage à deux mains, dénoncent, défendent, se battent, et changent le monde petit à petit. Une belle histoire en somme, de celles qui font gentiment rêver à une société plus juste, une fiction à laquelle on voudrait croire et qui pourrait en rester là sans la qualité indéniable de ses interprètes et la scénographie jubilatoire d’Anne Lezervant.  En effet le plateau du Théâtre 13 s’est paré pour l’occasion d’un bleu étincelant, de couleurs plus chatoyantes les unes que les autres, d’un fil à linge chargé, et même d’une motocyclette récalcitrante pour transporter le spectateur dans les chaudes nuits mexicaines. La scénographie se veut festive, dynamique,  bourrée de trouvailles et on en redemande. Accompagnés d’un musicien au plateau les acteurs évoluent sur plusieurs niveaux, révélant au fur et à mesure de nouveaux espaces de jeu. La mise en scène de Jacques Hadjaje est chiadée, généreuse et réjouissante, enchaînant les surprises et des tableaux plus poétiques. Au sein de cette belle équipe la combinaison rouge et or sied parfaitement à Guillaume Lebon truculent dans la rôle de SuperBarrio. Saluons également la performance de Sébastien Desjours, irrésistible dans la double partition de Ramon et Ernesto. Malgré quelques longueurs de texte le spectacle est une belle réussite tant au niveau visuel que sur la maîtrise de son sujet. L’ensemble est drolatique et trépidant tout en interpellant le spectateur sur sa capacité à s’émouvoir de l’état du monde, à s’indigner pour que ce joli voyage ne remplisse pas uniquement la tête de souvenirs turquoises.

Audrey Jean

« La joyeuse et probable histoire de SuperBarrio que l’on vit s’envoler un soir dans le ciel de Mexico » Texte et mise en scène de Jacques Hadjaje

Avec Ariane Bassery, Marc Bollengier, Isabelle Brochard, Sébastien Desjours, Anne Didon, Guillaume Lebon, Delphine Lequenne et Laurent Morteau

Scénographie et costumes Anne Lezervant

Jusqu’au 17 Avril
Du mardi au samedi à 20H

Théâtre 13 Seine

Audrey Jean