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Théâtre : "Du rêve que fut ma vie" la correspondance de Camille Claudel

Par Audrey Jean, le 11 avril 2015 — Camille Claudel, Camille Trouvé, la fabrique des arts, Les anges au plafond, Théâtre 71 — 3 minutes de lecture

Artiste associée de l’Equinoxe scène nationale de Châteauroux, la compagnie Les anges au plafond poursuit son histoire d’amour avec Camille Claudel et nous offre une forme poétique explorant la correspondance du sculpteur. Au même titre que cette femme multiple, le spectacle mêle différentes disciplines pour un rendu esthétisant et envoûtant.

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Souvent mise à l’honneur, Camille Claudel reste l’une des figures féminines les plus inspirantes du siècle précédent. La compagnie s’était déjà intéressée à son enfance et choisit ici de s’approprier quelques-unes de ses lettres au travers d’une création originale notamment au niveau de la forme. Accompagnée d’une contrebassiste, Camille Trouvé déclame des lettres du sculpteur, s’attachant à jouer avec les sonorités. Le caractère fougueux de Camille Claudel est là, dans chaque mot, son humour, son ironie mordante. En pointillés se dessine ainsi son doux visage, provocant et révolté de tout, en quête permanente de plus, de mieux. Camille la femme passionnée, Camille la femme libre dans chacune de ses missives restées pour la plupart sans réponse. Par vagues, entre les lignes se devine déjà la folie douce qui l’emporte, la fragilité qui l’enveloppe, la violence qui la ronge. La scénographie rend grâce à son génie créatif, avec au centre de la démarche le papier, le papier comme support de ses écrits et comme matière envahissante et modulable à l’infini. La comédienne manipule les feuilles, les façonne jusqu’à faire apparaitre des corps, des visages. Marionnettes abstraites créées à vu, membres sculptés, le papier devient corps et laisse deviner les personnages à qui Camille s’adresse dans ses lettres. Paul son frère, Rodin bien sur, mais aussi des marchands d’art ou des huissiers, autant de correspondants dont elle essayait d’attirer l’attention, en vain souvent. Cette forme courte saisit au vol ces instants et les restitue dans une dentelle de papier. Un sens du détail particulièrement maîtrisé, avec en point d’orgue le remarquable travail sur la lumière, écrin délicat et intimiste pour aborder l’univers si fragile de Camille Claudel.

Audrey Jean

« Du rêve que fut ma vie » une création de la compagnie Les anges au plafond
Marionnettes, correspondance, musique

Une histoire de Camille Trouvé et Brice Berthoud
Jeu/ Manipulation Camille Trouvé
Musique Fanny Lasfargues
Scénographie et mise en page Brice Berthoud assisté de Jonas Coutancier
avec la collaboration de Saskia Berthod

Samedi 11 à 19H30
Dimanche 12 à 16H et 19H30

La Fabrique des Arts
Théâtre 71, scène nationale de Malakoff
21 Ter Boulevard Stalingrad

Audrey Jean