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Théâtre : Entretien avec Christian Lalos, co-président du Groupe des 20 théâtres en Île de France

Par Laurent Schteiner, le 16 avril 2021, mis à jour le 20 avril 2021 — christian lalos, groupe des 20 théâtres d'ile de France — 8 minutes de lecture

Le Groupe des 20 théâtres en île de France réunit des théâtres de la périphérie parisienne depuis une petite trentaine d’années. Le but de ce réseau est de promouvoir la création de projets en apportant aux compagnies une visibilité financière et une diffusion adaptée. Découvrez cet entretien passionnant avec Christian Lalos, directeur du théâtre de Chatillon et co-président de cet ensemble…

Quelle est la genèse de ce groupe ? Quel est son but ?
C’est un groupe qui réunit des directrices et des directeurs de théâtres de banlieues parisiennes qui se retrouvent autour de l’idée du soutien à la création. Ces théâtres qui partagent cet enjeu fondamental dans leur diversité de statut, d’esthétique, d’engagement par un soutien financier aux artistes, des achats de spectacles, ainsi que du temps de résidence à mettre à disposition…). Ils suivent ainsi le parcours de création des artistes d’un bout à l’autre. Ils se retrouvent dans cet engagement de qualité autour de la création. Ce groupe qui s’appelle le groupe des 20 a pris naissance dans les années 90 et s’est beaucoup renouvelé. Il réunit notamment des théâtres conventionnés et une scène nationale (St Quentin en Yvelines) Ce groupe est en mode coprésidence (3 membres du groupe assurant la présidence pendant 3 ans). Je suis accompagné par Annette Varinot (théâtre de Cachan) et de Frédéric Marignani (théâtre de Chelles) dans cette année de coprésidence.

Qui a eu l’idée de ce Groupe ?
Tout est parti de plusieurs désirs de directeurs et de  directrices de théâtre de se rapprocher (à l’époque il n’y avait pas encore tous ces réseaux) de faire valoir la singularité des théâtres de ville de banlieue et de prendre en compte aussi la périphérie autour de Paris. Comment à l’échelle de ce territoire défendre la création en réalisant un travail qualitatif autour du spectacle vivant sur un territoire de ville au plus proche de ses habitants. La philosophie du groupe n’a jamais vraiment changé si ce n’est qu’il se soit par la suite renouvelé. Ses modes d’actions se sont développés et amplifiés pour s’adapter au temps qui passe et aux nouvelles pratiques et enjeux du secteur.

Comment s’opère ce soutien à la création ?
Il y a plusieurs temps forts dans la vie du groupe :
– Le 1er volet les plateaux des 20 théâtres de l’île de France sont des journées à destination  professionnelle qui présentent un certain nombre d’équipes soutenues par un ou plusieurs membres du groupe. Ce sont essentiellement des projets de création avec pour objectif de mettre en lumière les artistes et leur permettre de rencontrer la profession. Ces plateaux regroupent 2 journées par an sur lesquelles, nous comptons une vingtaine de projets qui nous sont présentés. Une centaine de programmateurs sont présents durant ces journées pour découvrir leur travail. Il s’agit d’une belle audience pour ces compagnies.
– Le 2e volet : C’est assez nouveau dans la vie du groupe puisqu’on lance depuis plusieurs années un appel à projets autour d’une thématique ou d’un champ disciplinaire qui intéresse le groupe. Cet appel à projets se réalise à travers  une série d’étapes de sélection. Lors des journées de plateaux, nous présentons les derniers projets retenus pour faire un choix commun sur un projet que le groupe soutient en coproduction (apport de 20.000 euros sur le projet choisi et obligation par les membres du groupe de diffuser le spectacle dans la saison, soit 18 à 20 dates de représentation).

Récemment nous avons réfléchi à diverses actions permettant de mieux accompagner les compagnies par rapport au suivi de leur travail. On a organisé cette année, sur le thème de notre appel à projet  autour des enjeux du théâtre réel au plateau, une rencontre entre les 17 compagnies qui ont fait l’objet de tours de sélection. Ces dernières, à leurs initiatives, nous ont sollicités. On a répondu favorablement et nous avons coconstruit une journée où les compagnies ont pu exposer leur travail par rapport à ces écritures du réel.

Comment établissez-vous le programme ?
Sur l’appel à projets, c’est vraiment le cadrage qui est fait par le groupe. Ensuite c’est tout le groupe qui s’investit dans le processus pour arriver au projet soutenu. Il y a des groupes de lecture de projets et des temps de rencontre. Une fois que la liste est resserrée avec les équipes, nous disposons alors de 4 projets qui sont dans le tour final. Ils bénéficient d’un temps de présentation aux plateaux du groupe des 20. C’est à partir de ce moment que le groupe choisit celui qui va bénéficier de cet apport à coproduction. Sur la programmation des plateaux en eux-mêmes, ce ne sont que les membres du groupe qui proposent lors d’une réunion un certain nombre de projets qu’ils soutiennent (2 max).  Ces projets sont présentés à l’ensemble du groupe qui établit la présentation des plateaux en prenant en compte la diversité des esthétiques, des diversités disciplinaires (théâtre, danses…) et qui soient à l’image de ce qu’on est (des lieux pluridisciplinaires). Tout cela est conçu  de façon collective. La programmation émane de projets qui sont déjà apportés par les membres du réseau parce qu’ils les soutiennent et qu’ils ont envie de les mettre en lumière.

Un dernier élément à ajouter : il y a 3 projets qui émanent d’autres réseaux similaires puisqu’on a aussi un inter-réseau qui réunit 3 réseaux proches de nous dans leurs objectifs et  avec qui nous  collaborons depuis quelques années : le groupe des 20 Rhône-Alpes-Auvergne qui sont sur le même modèle que nous , le réseau Quintest (région du Grand Est) et un réseau suisse lié à la Caurodie (fédération des plateaux de Suisse romande). Trois projets présentés lors de nos 2 journées de plateaux émanent de ces réseaux. Chaque réseau en amène un. Il s’agit d’un projet en diffusion d’une compagnie de leur région qu’ils ont envie de mettre en avant, d’inciter des programmateurs à le découvrir et enfin à faire sortir les équipes de leurs régions. Et ce qui est vrai pour ces régions qui ont des plateaux est valable chez eux aussi. Nous, en île de France, nous envoyons une équipe au plateau Rhône-Alpes, au plateau Suisse et au plateau Grand Est.

Comment le groupe s’est adapté à la crise sanitaire ?
Le groupe n’est pas figé. Les plateaux historiques sont fréquemment interrogés sur leur temporalité, leur organisation et ce qu’on devrait y présenter. Le Groupe est en phase avec les enjeux du secteur et essaye d’être en constante réflexion là-dessus. C’est pourquoi on a du tout bouleverser. On a essayé de se donner le temps d’être assez réactif par rapport à la situation qu’on traverse, sur les projets de compagnies qui n arrivent pas à naitre ou son retardés. On a essayé de réfléchir ensemble comment répondre à cette époque si particulière qui bouleverse nos pratiques pour les compagnies, pour les programmateurs et pour les journalistes. On a fait le choix cette année de nos 2 journées de plateaux qui étaient rassemblées en octobre de faire le choix de les dissocier d’en présenter une en octobre qui était plutôt tournée vers des projets qui venaient de se créer ou qui ont vu leur création retardée ou qui n’ont pas eu de diffusion. Nous avons essayé d être en appui sur des équipes qui avaient ce besoin de visibilité. On a fait cette journée complètement nouvelle avec les 17 compagnies sur les écritures du réel et qui s’est avérée une journée passionnante. On a fait une 2e journée de plateaux en février tournée vers des projets de création à venir 21-22 ou 22-23. On essaye d’être au plus près afin de développer un outil numérique complémentaire au plateau qui est une capsule vidéo pour accueillir tout le monde du fait des mesures de distanciation à respecter. On a développé un outil vidéo avec les compagnies des capsules dont elles peuvent se servir pour présenter à l’avenir leurs projets filmés lors des plateaux. L’idée est de rester dans une veille artistique, de conserver une dynamique de ce qui se passe dans nos métiers et d’avoir cette capacité à rebondir.

Propos recueillis par Laurent Schteiner

 

 

Laurent Schteiner

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