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Théâtre : Entretien avec Guillaume Maille, chargé de communication du collectif nantais « Ouvrir l’Horizon », une initiative exemplaire sociale et solidaire !

Par Laurent Schteiner, le 23 avril 2022 — guillaume maill, nates, ouvrir l'horizon, panier artistique — 6 minutes de lecture

Guillaume Maille, nous a donné un entretien sur cette initiative exemplaire sociale et solidaire que constitue les paniers artistiques. Basé sur le principe des AMAP (Association pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne, partenariat entre un groupe de consommateurs et une ferme, basé sur un système de distribution de « paniers » composés des produits de la ferme), le collectif Ouvrir l’Horizon a lancé en 2021 une initiative sociale et solidaire en proposant un panier artistique contenant plusieurs spectacles originaux créés par des duos ou des trios d’artistes de disciplines différentes.

Passer d’un dispositif d’urgence à un dispositif d’avenir
Cette initiative qui est née dans les Pays de la Loire en mars 2020, et plus précisément à Nantes a ensuite essaimé rapidement en Maine et Loire, juste après l’appel au premier confinement et l’allocution du Président Macron.  Ouvrir l’horizon était la traduction de l’opacité dans lequel se trouvait plonger les professionnels de la culture. On a alors pensé au circuit court, comme par exemple le modèle des AMAP, qui était déjà développé dans le secteur agricole. Le concept était d’inventer des formes, des productions légères techniquement susceptibles d’aller partout à la rencontre du public.

Un lieu de laboratoire artistique interdisciplinaire
Dans le panier artistique, on peut trouver soit un duo, soit un trio d’interprètes avec un accompagnant artistique (un artiste auteur, un scénographe, un plasticien, un costumier) 2 techniciens, 2 chargés de production, et 2 compagnies porteuses assistées d’une administratrice. Le Panier artistique est avant tout une rencontre d’artistes, de techniciens qui n’ont pas travaillé ensemble auparavant. C’est un lieu de laboratoire artistique interdisciplinaire, inter expérience des jeunes sortant des écoles comme des plus anciens en milieu ou en fin de carrière. La procédure de sélection s’opère de la façon suivante : il y a l’inscription de ces artistes et techniciens par suite d’appels à candidature. Nous leur renvoyons une fiche d’inscription qu’on enregistre. Et ensuite, on invite tous les inscrits à une rencontre de professionnels (circassiens, des danseurs, des violonistes, tout type de discipline… ) de sorte à former une équipe artistique qui composera le duo ou le trio qui sera diffusé pour 5 dates (soit 40 heures pour préparer  la forme et ensuite 60 heures, soit 5 cachets de représentations).

Une organisation décentralisée
Nous sommes organisés en comité de pilotage départemental des pays de la Loire. Ce sont les militants du comité départemental qui sélectionnent à partir des critères qu’on s’est donné pour le lancement : la solidarité, le besoin social de travailler, les disponibilités des artistes, une parité de professionnels produit par rapport aux disciplines proposées. A titre d’exemple, l’an passé il y avait beaucoup de musiciens inscrits qui se trouvaient en difficulté pour trouver du travail. Nous avons fait en sorte qu’il y ait davantage de paniers avec la part de musiciens correspondante. On respecte également les accueillants qui ont du jeune public et également du tout public.

Crédit photo : Chrystelle Gauthier

Une ronde vertueuse financière
C’est un dispositif qui se veut autogéré. Nous disposons d’un salarié à la coordination régionale qui s’occupe de la diffusion et un salarié de l’administration. La diffusion peut se faire sur des dates que les chargés de production, dans les formes artistiques, auraient pu trouver tout en sachant qu’ils n’ont pas la contrainte de vendre de la dette (le panier est déjà en production et déjà payé). Les artistes sont rémunérés par Ouvrir l’Horizon via la DRAC, la Région, le Département et les communes ou des compagnies coproductrices. Ces dernières qui portent administrativement la forme, se voient rétrocéder 10% de la masse salariale du panier afin qu’elles puissent suppléer les frais d’une administratrice. Leur objectif consiste à trouver des lieux d’accueillants qui puissent participer financièrement afin d’abonder un panier « suspendu ». Ce concept tient du café « suspendu » (ce type de café est une tradition de solidarité pour les plus pauvres. Le principe consiste à commander deux cafés au lieu d’un. Le premier étant pour le client qui l’a commandé et le deuxième sera destiné à une personne démunie qui en désirera un). Les contributions financières des lieux accueillants trouvés concernant des formes déjà financées permettront de financer un prochain panier. A cela, ajoutons la participation libre et citoyenne que peut donner le public lors des représentations.

De l’enracinement régional à une implantation nationale
En 2021 la région Centre Val de Loire a développé un jumeau à Ouvrir l’Horizon  appelé différemment : « Cultivons l’essentiel ». La Région auvergne Rhône Alpes a développé : Ouvrir l’horizon Auvergne Rhône Alpes. Cette année il y a un développement en nouvelle Aquitaine, dans le nord également un Ouvrir l’Horizon. Enfin dans les pays de Loire, nous avons initié le 2e volet de notre activité : le déploiement national. En PACA, en Occitanie, en Bretagne, des velléités ont été lancées sur ce même type de dispositif. En revanche, elles n’ont pas eu la réponse des institutions pour financer ces initiatives. Cette année, nous nous sommes dit qu’en fédérant avec des dispositifs déjà existants, il nous incombait de demander au ministère de la culture une ligne afin de déployer nationalement ce dispositif. Pour le moment, nous n’avons pas eu de réponse à notre requête. Nous reviendrons vers eux après les élections présidentielles.

L’originalité d’un dispositif solidaire et social : un accès au sensible !
Ce caractère solidaire et social est notable à travers  le laboratoire artistique. En effet, il s’agit de mêler des disciplines qui ne se rencontrent pas toujours mais aussi d’aller vers un public qui n’a pas l’habitude des salles de spectacles. On va chercher des publics divers dans des cours d’écoles, dans les AMAP, les cinémas, les EHPAD…Pour cette troisième année, on a développé des conventionnements avec L’URHAJ (Union Régionales des Habitations Jeunesse) qui gère les FJT (Foyers de Jeunes Travailleurs) afin de créer une habituation à se découvrir des spectacles vivants. L’idée est de réhabituer cette jeune génération et d’autres plus anciennes à revenir à ces pratiques. C est un accès au sensible portant dans la formation du sentiment car le spectacle est souvent une parole politique qui peut être intégrée. Et le tout dans une participation financière libre et en conscience du  public.

Propos recueillis par Laurent Schteiner

 

Laurent Schteiner

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