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Théâtre : Fabrice Melquiot et Matthieu Cruciani font renaître Moby Dick

Par Audrey Jean, le 3 mai 2016 — arche éditeur, fabrice Melquiot, Matthieu Cruciani, Melville, Moby Dick, Théâtre 71 Malakoff — 4 minutes de lecture

Après une belle exploitation en tournée, l’adaptation de « Moby Dick » par Fabrice Melquiot se joue actuellement à Malakoff dans une mise en scène de Mattieu Cruciani. Fabrice Melquiot s’essaie régulièrement avec succès au théâtre jeune public d’autant qu’il est dorénavant directeur du théâtre Am Stram Gram mais il signe ici un de ses plus beaux textes. Brillamment mis en scène par Matthieu Cruciani le spectacle rend un vibrant hommage au roman d’aventures tout en mettant à la portée des plus jeunes ses enjeux les plus profonds.

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« Ishmael : C’est un homme qui dort dans un homme qui parle.
Starbuck : C’est un homme qui dort dans un homme qui parle dans un autre qui se prépare à un très long voyage.
Queequeg : C’est un homme qui dort dans un homme qui parle dans un autre qui se prépare à un très long voyage, dans un dernier qui les porte, tous les trois.
Ishmaël : Un homme qui dort, un homme qui parle, un homme qui se prépare à un très long voyage : trois hommes dans un quatrième qui les porte.
Queequeg : Le quatrième ne fait que les porter ?
Starbuck : Mettons qu’il balaie le sol d’un bar couvert de sciure. Il n’a plus
d’argent ou presque et rien de particulier à faire sur terre. Il siffle un
air connu. L’homme qui balaie, mettons qu’il s’appelle Ishmaël 
Queequeg : Comment savoir le nom des autres, tous ces corps en un seul. Et la sciure qui vole. »

Attiré par les grands espaces et en mal de nouvelles aventures Ishmaël embarque sur le Pequod pour chasser la baleine. Il découvre alors la relation obsessionnelle qui existe entre le capitaine Achab et une mystérieuse baleine blanche Moby Dick. Entrainé dans un périple mouvementé autour du monde à la poursuite du monstrueux cétacé Ishmaël sera le seul survivant d’un carnage annoncé.

C’est une épopée poétique à la densité redoutable. En un peu plus d’une heure de spectacle les thèmes inhérents au roman sont tous traités avec finesse, avec recul mettant en lumière différents niveaux de lecture selon les publics. Toute la modernité de Fabrice Melquiot est ici mise au service du roman d’aventures d’Herman Melville pour le rendre accessible aux plus jeunes tout en conservant une réelle exigence. On y retrouve le mystère de l’océan, personnage principal au sein d’une intrigue resserrée où la parole circule librement entre les membres de l’équipage du Pequod. Grâce à cette narration multiple, l’atmosphère emblématique de « Moby Dick » prend une tournure plus poétique, plus abstraite sous la plume inspirée de Melquiot qui ira jusqu’à personnifier la terrifiante baleine, finissant ainsi de transposer parfaitement et personnellement le roman au théâtre. Il ne s’agissait pas en effet ici de le résumer ou de l’interpreter mais bien de fusionner intégralement son essence à celle de l’écriture de Melquiot. Mathieu Cruciani, passionné également par le roman de Melville et désireux de le transmettre à travers les yeux de l’enfant qu’il était, module cette matière mouvante en un tableau presque conceptuel. Dans une mise en scène sobre qui convoque l’imaginaire il finalise cet hommage avec beaucoup de sensibilité. Attention le spectacle ne se joue que jusqu’à mercredi au Théâtre 71 Malakoff !

Audrey Jean

« Moby Dick » de Fabrice Melquiot d’après Moby Dick d’Herman Melville (L’Arche Éditeur, 2013)

Mise en scène : Matthieu Cruciani

Avec : Sharif Andoura, Arnaud Bichon, Émilie Capliez, Yann Métivier, Philippe Smith

dès 8 ans, durée 1h10
Mardi 3 mai à 19H30
Séance scolaire Mercredi 4 mai à 10H30

Théâtre 71, scène nationale de Malakoff

Le texte est publié chez l’Arche éditeur

Audrey Jean