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Théâtre : Festival Péril Jeune à Confluences : Du sang sur les roses

Par Laurent Schteiner, le 16 octobre 2013 — Confluences — 3 minutes de lecture

C’est avec audace et volupté que Lucie Rébéré met en scène le texte de Julie Rossello, inspiré librement du mythe grec de Penthésilée, reine des Amazones. Cette égérie n’est autre que celle d’une pièce écrite par Heinrich Von Kleist en 1805-1807, immense dramaturge allemand dont l’une de ses œuvres vient d’être adaptée au cinéma sous le nom de Michael Kohlhaas.

Cinq femmes apparaissent sur scène revêtues de la tête aux pieds d’un costume hospitalier tandis qu’une voix off évoque dans une tonalité scientifique et démonstrative les rapports sexuels chez les animaux. Chez eux, les genres ne sont pas stigmatisés. D’ailleurs certaines femelles ont un réel pouvoir maléfique sur les mâles, c’est le cas par exemple de la mante religieuse qui dévore son mari une fois assurée de sa descendance. D’un mouvement rapide, ces cinq femmes robotisées de par leur tenue débarrassent le plancher d’un reste de boyaux et d’organes – l’être humain, homme ou femme, est ainsi composé.

Du sang sur les roses

Après cet intermède intriguant, nous sommes plongés au cœur d’une chambre de délibérations où Penthé est au centre de toutes les attentions : coupable ou non coupable du meurtre d’Achille, l’homme qu’elle aimait ? Plusieurs femmes aux divers profils, ou autrement dit les Amazones modernes, choisies au hasard comme jurées (seulement du bon sens et de l’honnêteté) vont venir témoigner sur scène : entre anecdotes, considérations personnelles et clichés revisités, ces différents portraits bouleversent nos codes et idées sur l’identité féminine. Dans une scénographie extrêmement visuelle, c’est aussi la danse interprétée par les comédiennes qui questionne l’engagement féministe. Très présent dans la pièce, le rouge, couleur du sang et de l’amour, amorce le titre de ce texte à la fois violent et sensuel. La pièce est rythmée par la musique à certains moments et surtout portée par l’énergie débordante de ces comédiennes du Ring-Théâtre. Le texte pose la question de la conviction intime et de l’âme. D’ou vient notre conviction ?

Après délibération, la figure de Penthé apparait victorieuse et innocentée : son combat au sein du peuple des Amazones, femmes sauvages prêtes à tout pour s’affirmer, est valorisé. La voix off reprend et dans un dernier souffle révèle que les genres humains ne sont pas des « lignes droites », que chaque être humain, bien qu’il soit homme ou femme, a une part de féminité et de masculinité en lui. Peut-on ou doit-on se convaincre d’être un homme ou une femme ?

Du Sang sur les Roses balaye de manière ostensible bon nombre de stéréotypes liés à la figure féminine et offre avec une pointe d’humour la place à un spectacle captivant.

Coline Rouge

Du mardi 15 au jeudi 17 octobre à 20h30 (1h15) aux Confluences

190 rue de Charonne. Paris 20e
www.confluences.net

Compagnie Ring Théâtre
Autrice : Julie Rossello
Metteuse en scène : Lucie Rébéré

Laurent Schteiner