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Theatre : Fin de partie

Par Laurent Schteiner, le 15 janvier 2013 — Alain Françon, Beckett, Fin de partie, Théâtre de l'Odéon — 3 minutes de lecture

 Fin de partie de Samuel Beckett, actuellement au théâtre de l’Odéon, et mis en scène par Alain Françon nous replonge dans cette fable noire et drôle à la fois dont l’illustration en est la fin de vie. Beckett soigne particulièrement le thème de cette pièce par l’expression d’une angoisse vertigineuse à l’approche de la mort, d’un l’humour noir et décalé et surtout ce vide sidéral accompagnant « cette fin de partie ».Alain Françon retraduit à merveille l’univers de Beckett grâce à la sobriété de sa mise en scène.

 

Les termes relatifs au jeu sont nombreux dans cette pièce : « Jouons », « cessons la partie ». Certains y ont vu par le passé, les ressorts d’un jeu d’échecs avec son roi (Hamm) ne se déplaçant que d’une case à la fois alors que son fou (Clov) à l’allure désarticulée prisait les diagonales. La moindre erreur tactique en cette fin de partie peut être préjudiciable pour l’un ou l’autre des protagonistes. D’où l’importance de ces derniers coups.

 

 

Hamm et Clov, quelque peu maître et valet l’un de l’autre vivent en huis clos dans un environnement totalement dépouillé. Pourquoi et depuis quand ? Nul ne le sait. Leur lien avec l’extérieur est signifié par deux lucarnes opposées l’une à l’autre. Clov, incapable de s’asseoir, s’occupe de l’intendance et répond aux sempiternelles questions de Hamm, invalide et aveugle dans son fauteuil. Tous deux sont las de cette vie qui n’en finit pas. Ils aspirent à ne plus jouer. Que la partie s’achève enfin. Car la routine et le même cérémonial les étouffent mais paradoxalement ils s’y accrochent de toutes leurs forces pour survivre. Leur vie faite de vide se trouve brutalement remplie quand Clov se découvre une puce dans son pantalon provoquant l’hilarité de Hamm. Cette situation lui fait dire : « quelle journée ! ». La recherche pathologique consistant à éradiquer toute forme de vie, comme la traque de Clov sur un rat qu’il a vu et qu’il a manqué, est symptomatique  du propos de l’auteur.  « Tu l’as raté, il va mourir ! »(hamm)

 Deux poubelles figurent sur scène contenant les parents de Hamm. Ceux-ci prennent de temps en temps la parole pour dialoguer avec leur fils. Cette représentation de « parents à la poubelle » témoigne de la vengeance d’un fils à l’encontre de parents qui l’ont fait naitre. « C’est dans le commencement qu’est la fin ! » ou encore « vous êtes sur terre, il n’y a pas de remèdes. » Cette fin tant convoitée qui devient un objectif majeur dans cette pièce. Que cela s’arrête ! Du début à la fin de la pièce, on passe du sentiment de survivance et à l’horreur de l’approche de la mort à son attente impatiente.

Serge Merlin et Gilles Privat ont une présence scénique très forte et leur jeu nous traverse d’émotions les plus diverses nous enfermant le temps de ce spectacle dans l’univers beckettien.

 
Laurent Schteiner
 
Fin de Partie de Samuel Beckett
mise en scène Alain Françon
Avec Serge Merlin, Gilles Privat, Michel Robin, Isabelle Sadoyan
décors et costumes Jacques Gabel
lumière Joël Hourbeigt
assistant à la mise en scène Nicolas Doutey
Théâtre de l’Odéon-Théâtre de l’Europe
Place de l’Odéon
75006 Paris
Locations : 01 44 85 40 40
www.theatre-odeon.eu

Laurent Schteiner