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Théâtre : Invisibles au Théâtre 13

Par Audrey Jean, le 13 septembre 2013 — David Arribe, Invisibles, Nasser Djemaï, Théâtre 13 — 4 minutes de lecture

Le Théâtre 13 poursuit sa rentrée avec une deuxième pièce définitivement placée sous le signe de l’émotion. Après « Amédée » du côté Seine c’est au tour du spectacle « Invisibles » d’ouvrir la programmation du Théâtre 13 côté Jardin. Nasser Djemaï signe le texte et la mise en scène d’une bouleversante quête de sens et de vérité. A ne manquer sous aucun pretexte !

Martin Lorient perd sa mère des suites d’un cancer fulgurant. En guise d’héritage elle lui laisse un mystérieux coffret et un mot lui donnant une première piste pour retrouver son père qu’il n’a jamais connu. Sa recherche le conduit dans un foyer Sonacotra où il découvre l’existence cachée des Chibanis, ces travailleurs immigrés d’Afrique du nord.

Cinq Chibanis, des « Cheveux blancs » en arabe. Cinq parcours, cinq confessions qui se rejoignent dans la solitude et l’isolement de ce foyer. Ils ont quitté leur terre et leurs familles pour travailler en France, et se retrouvent à la retraite coincés, tiraillés entre leurs deux pays comme oubliés de tous. S’il met en lumière l’injustice de leur sort Nasser Djemaï ne positionne pas ses anciens travailleurs uniquement en victimes d’une société déshumanisée. La présence intruse au départ du personnage de Martin libère une parole concrète faisant éclater la vérité de ces témoignages, et met en exergue un humour et un sens de l’auto-dérision à toute épreuve. Ces voix différentes que l’on n’entend pas et ces visages devenus invisibles deviennent sur ce plateau d’une beauté saisissante.

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La mise en scène propose de multiples pistes de lectures. Nasser Djemaï entraine le spectateur dans une narration haletante entrecoupée de brefs suspens,des bribes d’émotions pures,  les instants de vie des Chibanis. L’intrigue romanesque est traitée de manière presque cinématographique notamment dans la scénographie. Si ce parti pris a déjà fait ses preuves par exemple dans les créations autour des textes de Wajdi Mouawad, il colle ici parfaitement au propos plongeant le spectateur dans une esthétique onirique composée de clairs-obscurs et nourrie de projections d’images et de sons étranges. Une dimension mythique confère également à l’ensemble une distanciation utile pour ne pas sombrer dans une compassion trop évidente vis-à-vis de ces hommes forts malgré les épreuves. Il maintient ainsi le spectateur dans une atmosphère poétique permanente qui contredira le côté terre-à-terre du propos. 

La distribution est à la hauteur du défi. Le chœur des Chibanis est interprété avec brio par Angelo Aybar, Azzedine Bouayad, Azize kabouche et Kader Kada. Chacun est tour à tour mis dans la lumière et livre une confession poignante sur son histoire. Lounès Tazaïrt dans le rôle de Driss incarne parfaitement un relais bienveillant entre les deux mondes, entre le songe et la réalité. David Arribe joue également une partition sans défaut, sa voix et son phrasé détaché illustre avec précision l’état d’égarement dans lequel Martin se trouve. Vous l’aurez compris c’est du théâtre qui chamboule, du théâtre qui laisse une empreinte, du théâtre qui fait du bien !

 

Audrey Jean

 

« Invisibles » texte et mise en scène de Nasser Djemaï

Avec : David Arribe, Angelo Aybar, Azize Kabouche, Kader Kada, Lounès Tazaïrt et la participation de Chantal Mutel

Crédits photos : Philippe Delacroix

 

Jusqu’au 20 Octobre

Mardi, jeudi et samedi à 19H30
Mercredi et vendredi à 20H30
Dimanche à 15H30

 

Théâtre 13 Jardin

103 A boulevard Auguste Blanqui
75013 Paris

www.theatre13.com

Audrey Jean