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Theatre : Ita L. née Goldfeld d'Eric Zanettacci

Par Laurent Schteiner, le 28 février 2013 — collaboration, helene vincent, odessa, pogrom, theatre du petit st martin — 3 minutes de lecture

Le théâtre du Petit St Martin présente actuellement pour 60 représentations exceptionnelles un spectacle qui nous ramène aux sombres heures de la guerre. La mise en scène très efficace de Julie Lopez Curval et d’Hélène Vincent laisse la part belle à l’émotion et nous touche en plein cœur. Tiré de l’histoire vécue par la grand-mère de l’auteur, Eric Zanettacci, ce « seule en scène » de toute beauté ne peut laisser personne indifférent car son histoire ressemble tant à celle d’un grand nombre de déportés. En nous ramenant en France, en 1942, l’auteur nous replonge dans les heures peu glorieuses d’une certaine France en mettant en scène une heure de la vie d’Ita L. née Goldfeld. La mise en scène efficace et l’interprétation magistrale d’Hélène Vincent propulsent ce spectacle dans les pièces à voir de toute urgence.

 

La police française vient de signifier à Ita qu’elle dispose d’une heure pour faire sa valise. Qu’elle se tienne prête. Elle veut fuir mais où aller ? Le cœur au bord des lèvres, et l’espace d’une heure, Ita revit sa vie. Son départ d’Odessa pour fuir les pogroms avec Salomon son mari. Là-bas, elle y a laissé sa famille. Une famille endeuillée par les exactions immondes des bolchéviques. Seule la France incarnait les valeurs de liberté et d’asile propres à les accueillir. De son union avec Salomon, trois enfants naquirent et la famille vécut avec bonheur dans cette nouvelle patrie. Un pays qui les avait accueillis avec générosité. A la façon des Martin, leurs voisins, qu’ils recevaient pour les fêtes juives en leur confectionnant une cuisine  traditionnelle russe. Puis peu à peu les choses se sont dégradées et les mentalités ont changées. Sa famille, elle-même, a éclaté. Tout s’est obscurci. Sans espoir possible. Les noms de « youpins » circulent désormais ouvertement. La marque jaune au manteau, Ita, tente de comprendre mais elle n’y parvient pas. Pourquoi les Martin ont-ils besoin de sa clé d’appartement ? Pourquoi l’appellent-t-ils « youpine » ?

« Un bon juif ne doit jamais être trop loin de sa valise, disait Salomon », Ita
Helene vincent

De manière très fine, d’Eric Zanettacci, nous fait entrer dans les rouages de la collaboration française en racontant une histoire simple et poignante. Cette pièce, racontée de la bouche de sa narratrice qui est également le personnage clé de l’histoire, est poignante à bien des égards. Le public revit les affres de la communauté juive aux prises à la soumission d’une certaine France au régime nazi. Ces souvenirs émouvants provoquent toujours larmes et haut-le-cœur. Cette pièce est magnifiquement interprétée par Hélène Vincent dont les larmes en fin de spectacle signent une belle réussite !

 

Laurent Schteiner

Ita L. née Golfeld d’Eric Zanettacci

mise en scène de Julie Lopez Curval et d’Hélène Vincent

avec Hélène Vincent

Scénographie de Tim NORTHAM
Lumières d’Arnaud JUNG
crédit photo : Bernard richebé

THEATRE DU PETIT SAINT- MARTIN

17 rue René Boulanger
75010 Paris
www.petitstmartin.com

Du mardi au samedi à 19h00 / Matinée dimanche à 15h00
Tarifs : 25 € Placement libre
Tel Location : 01 42 08 00 32

Laurent Schteiner