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Théâtre : "Le Menteur" de Corneille à la Tempête !

Par Laurent Schteiner, le 25 janvier 2018 — Corneille, julia vidit, le menteur — 3 minutes de lecture

Le Théâtre de la Tempête nous propose actuellement Le menteur de Corneille. Cette pièce  aux accents philosophiques et sociologiques,  peu jouée du reste,  se révèle d’une grande modernité. Surfant sur le thème du mensonge comme instrument de pouvoir, cette comédie que n’aurait pas reniée Machiavel, nous entraine dans les méandres de l’âme humaine. Le mode opératoire s’apparente davantage à un jeu de miroirs où le mensonge peut se parer de mille atours tous plus séduisants qu’une simple vérité !

En cette fin du XVIIe siècle, Paris concentre tous les désirs de conquête et de réussite de tout provincial. Dorante ne fait pas exception à la règle. S’en ouvrant à Cliton, son valet, il lui traduit toutes les attentes qu’il a de cette nouvelle vie. Rêvant de conquêtes amoureuses, il hisse le mensonge et la fourberie au rang d’art. Au détour d’une promenade avec son fidèle valet, Dorante rencontre la belle Clarisse et sa cousine Lucrèce. Sous le charme, il poursuit la belle de ses assiduités. Mais celles-ci après quelques renseignements sur le personnage ont tôt fait de démasquer ce jeune affabulateur et lui tendent un piège dans lequel il tombera. Les deux cousines intervertiront leurs noms afin de semer la confusion dans l’esprit de Dorante. Ce dernier devra compter sur un retournement inespéré voire désespéré afin de ne pas sombrer totalement dans ce piège machiavélique.

La modernité de cette comédie tient au fait que l’amour en tant que tel qui gouverne bien des pièces classiques n’est ici qu’accessoire. Il est question de pouvoir. Mentir pour assoir son pouvoir par la manipulation afin d’arriver à ses fins. Par-delà une certaine réflexion philosophique, cette pièce épouse un aspect sociologique essentiel, à savoir la crédibilité du mensonge. « Toutes les vérités ne sont pas toujours bonnes à entendre » dit-on. Cet aphorisme traduit bien ce sentiment qu’un mensonge est davantage entendu qu’une vérité toute crue. Cette analyse de Corneille, en cette fin de XVIIe, est remarquable.

Julia Vidit a consacré une belle mise en scène en l’enrichissant d’une scénographie astucieuse composée de panneaux amovibles donnant un cachet significatif aux scènes. Elle s’est fortement imprégnée de la modernité de ce texte pour  en créer un prolongement concordant. Jeux de pouvoirs et jeux de miroirs, Julie Vidit et Guillaumes Cayet se sont donnés les moyens de créer un spectacle alerte, dense et drôle. Les comédiens sont tous excellents. Ce spectacle constitue une belle réussite.

Laurent Schteiner
 
Le Menteur de Pierre CORNEILLE
Adaptation de Julia VIDIT et Guillaume CAYET
Mise en scène de Julia VIDIT
Avec Joris AVODO, Aurore DEON, Nathalie KOUSNETZOFF, Adil LABOUDI, Barthélémy MERIDJEN, Lisa PAJON, Karine PEDURAND et Jacques PIEILLER

  • Scénographie : Thibaut FACK
  • Lumière : Nathalie PERRIER
  • Son : Bernard VALLERY et Martin PONCET
  • Costumes : Valérie RANCHOUX
  • Maquillages, Perruques : Catherine SAINT-SEVER
  • régie générale : Loïc DEPIERREUX
  • © Photo : Anne GAYAN

Théâtre de la Tempête
route du Champ de Manoeuvre
75012 Paris
Accès : métro ligne 1 – Château de Vincennes
Puis bus n°112 ou navette Cartoucherie
Tel : 01 43 28 36 36
www.la-tempete.fr
jusqu’au 18 févier 2018, du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 16h
 

Laurent Schteiner