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Théâtre : Le Roi Lear de William Shakespeare

Par Laurent Schteiner, le 14 mai 2014 — christian schiaretti, le roi lear, Shakespeare, theatre dela ville — 4 minutes de lecture

Quatre siècles nous séparent de la création du Roi Lear dont la modernité s’avère toujours aussi manifeste. Cette œuvre riche et dense soulève certains replis nauséabonds de l’âme humaine. Shakespeare, par-delà les siècles, nous démontre une fois deplus l’absence d’évolution de la nature humaine. Christian Schiaretti s’est attaché, dans une mise en scène remarquable au Théâtre de la Ville, à mettre en perspective toute la dimension dramaturgique du pouvoir et de l’amour filial. La mise en scène totalement aboutie de Christian Schiaretti aux accents beckettiens et l’interprétation époustouflante de Serge Merlin  se conjuguent pour nous transporter au cœur de l’une des plus belles tragédies de Shakespeare.

Dans ce spectacle, Lear ne pouvait être interprété que par Serge Merlin. Il est Lear. Cette mise en scène fonctionne à merveille et s’articule autour d’une scénographie efficace assurant une belle fluidité des scènes. Cette mise en scène « vilarienne », dans sa sobriété en nous présentant un mur courbe composé de portes et panneaux coulissants, débouche sur un néant désespérant l’errance de Lear. Les brusques effets musicaux qui ponctuent les scènes apportent une forte intensité au propos de la pièce.

Le Roi Learde William Shakespeare mise en scène  Christian Schi

Le thème du pouvoir, et de la folie meurtrière qui en découle, alimentent cette pièce de bout en bout à travers les ambitions ténues de Goneril et de Regane pour se partager l’héritage de leur père, Lear. Ce même pouvoir attire également la convoitise d’Edmond, le bâtard de Gloucester et l’amène à se défaire de son frère, Edgar, et de son père, le Comte de Gloucester. Mais cette œuvre est plus que cela, elle nous présente l’amour filial et sa délicate problématique de la reconnaissance. Lear est en quête d’une reconnaissance obsessionnelle de ses filles. Cordélia, sa troisième fille, sera son ardente révélation au seuil de sa mort lui procurant finalement son Graal. Maniant ainsi le contrepied, Shakespeare présente ici un personnage totalement désintéressé. Victimes d’un système tyrannique, Goneril et Regane lui donnent finalement ce qu’il recherche sur l’amorce d’une hypocrisie systématisée. Paradoxalement, Lear deviendra l’artisan de la faillite de son propre système. Rejeté par tous, Lear ne représentera désormais plus rien, hormis une pauvre âme errante et sénile. Edgar, discrédité par les siens, sera quant à lui en recherche d’une reconnaissance paternelle compromise.

Serge Merlin, douloureux et odieux, interprète à la perfection les règles de prosodie consacrant ainsi le rôle de Lear en jouant sur la sonorité des mots. Saluons la performance de l’ensemble de ces comédiens qui nous donnent au Théâtre de la Ville, un Roi Lear étincelant et proprement étonnant.

Laurent Schteiner

 

Le Roi Lear de William Shakespeare

Mise en scène de Christian Schiaretti

Texte français d’Yves Bonnefoy

Avec

Serge Merlin Lear, roi de Grande-Bretagne
Pauline Bayle Cordélia, fille de Lear

Andrew Bennett Le fou de Lear   

Magali Bonat Régane, fille de Lear

Olivier Borle* Oswald, intendant de Goneril

Paterne Boungou** Curan, courtisan

Clément Carabédian* Le roi de France, gentilhomme

Philippe Duclos Le comte de Gloucester

Philippe Dusigne** Un vieillard, métayer de Gloucester ; Un médecin

Christophe Maltot Edgar, fils de Gloucester

Mathieu Petit Le duc de Bourgogne
Clara Simpson** Gone
Philippe Sire Le duc d’Albany, mari de Goneril

Julien Tiphaine* Le duc de Cornouailles, mari de Régane

Vincent Winterhalter Le comte de Kent

Marc Zinga Edmond, le bâtard de Gloucester

et 
Victor Bratovic, Romain Bressy, Franck Fargier, Lucas Fernandez, Florent Maréchal, Sven Narbonne, Joël Prudent, Loïc Yavorsky

*Comédiens de la troupe du TNP, 
** Comédiens de la Maison des comédiens

Dramaturgie  : Florent Siaud 
Scénographie et accessoires  :Fanny Gamet d’après une idée de Christian Schiaretti
Costumes  :Thibaut Welchlin
Lumières  : Julia Grand
Coiffures, maquillages  : Romain Marietti
Son  : Laurent Dureux 
Collaboratrice artistique  : Michèle Merlin
Assistante à la mise en scène  : Yasmina Remil
Elève-assistante de l’ENSATT  : Julie Guichard
Production   : Théâtre National Populaire
Coproduction  : Théâtre de la Ville, Paris

avec la participation artistique du Jeune Théâtre National

Théâtre de la Ville
2 place du Chatelet
75004 Paris
Locations : 01 42 74 22 77
www.theatredelaville-paris.com

Jusqu’au 28 mai 2014

Laurent Schteiner