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Théâtre : "L'histoire du Tigre" pâte à modeler et rugissements au service d'une fable éminemment politique !

Par Audrey Jean, le 17 octobre 2017 — dario fo, Jacques Schuler, L'histoire du Tigre, Theatre Darius Milhaud, Valentin Duhamel — 3 minutes de lecture

Il fait parfois bon s’aventurer un peu en dehors des sentiers battus, on peut ainsi rencontrer de nouvelles compagnies et découvrir dans de petites salles parisiennes des véritables pépites. « L’histoire du Tigre » est de celles-là, un seul-en-scène parfaitement interprété, un spectacle hybride entre le conte fantasque et le discours révolutionnaire. Acteur émérite, Jacques Schuler fait revivre cette fascinante histoire issue de lointaines contrées chinoises tous les mardis !

« Avoir le tigre, c’est résister… »

Un soldat de l’Armée Rouge blessé à la jambe, une gangrène déjà bien répandue, à priori pas beaucoup d’espoir, on ne peut plus grand-chose pour lui ses camarades se tâtent même de l’achever. Il préfère partir, se traîner tant bien que mal et jeter ses dernières forces dans une ultime tentative de survie. Sur sa route une grotte, dans cette grotte une tigresse et son petit, de ses mamelles une liqueur régénérante, et de sa salive une guérison inespérée. Commence alors un compagnonnage fantasque, une fable drôle et profonde sur le pouvoir et la résistance des peuples, un terrain de jeu idéal pour Dario Fo et ses allégories politiques.

Il y a tout d’abord la langue, cette oralité particulière du conte ici associée à la verve truculente de Dario Fo. C’est toute une mélodie étrange, comme une petite musique lancinante qui entraîne d’abord le spectateur sur un terrain méconnu et assez déroutant de prime abord. Puis l’histoire prend forme à mesure que l’acteur modèle un cube de pâte rougeâtre, unique accessoire présent sur le plateau. Jacques Schuler prend à bras-le-corps cette matière, elle déteint sur ses bras et devient progressivement un élément à part entière du spectacle. Mais Jacques Schuler devient lui aussi cette matière au gré d’une interprétation tellement précise et minutieuse qu’elle en devient presque chorégraphie, histoire du mouvement, puis animalité. Le metteur en scène Valentin Duhamel choisit en effet d’ancrer la fable dans chaque parcelle du corps de son comédien, délimitant ainsi les contours d’un travail d’orfèvre, une véritable recherche de fond sur le corps animal et sur son lien intrinsèque avec l’humain. La partition est cependant parfaitement équilibrée, ne tombant ni dans l’écueil de la démonstration ni dans un surlignage du conte à la manière d’un spectacle jeune public mais bien dans une incarnation sincère et modeste, burlesque et un peu étrange, juste ce qu’il faut pour plonger le spectateur dans le charme insolite de cette histoire étonnante. La finesse du sens de l’humour de Dario Fo ainsi que sa vision férocement avisée du monde achèvent de parfaire ce spectacle déconcertant et fascinant. À ne pas manquer !

Audrey Jean

« L’histoire du Tigre » de Dario Fo

Mise en scène Valentin Duhamel

Traduction et adaptation : Toni Cecchinato et Nicole Colchat

Avec Jacques Schuler

Théâtre Darius Milhaud
Jusqu’au 28 Novembre
Le mardi à 19H

 

Audrey Jean