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Théâtre : Macbeth

Par Audrey Jean, le 6 février 2014 — anne-laure Liégois, Macbeth, Shakespeare, Théâtre 71 — 4 minutes de lecture

Anne-Laure Liégois s’empare de l’emblématique « Macbeth » pour nous offrir une plongée angoissante dans l’inconscient torturé de son couple phare actuellement au Théâtre 71. Opposant les amants sanguinaires à une armée de jeunes acteurs cette création dotée d’une scénographie résolument contemporaine s’inscrit dans une recherche très esthétisante et propose une vision passionnante de ce chef-d’œuvre du Maestro, à découvrir jusqu’au 14 février !

MACBETH -MACBETH -

Tout juste victorieux d’un combat contre les Norvégiens Macbeth se voit prédire par trois sorcières un destin glorieux : il portera le titre de sire de Cawdor puis deviendra roi. Pour le féliciter le roi d’Ecosse Duncan lui attribue justement le fameux titre et s’invite à dîner chez lui. Avides d’ambition Macbeth et son épouse décident alors de tuer le roi dans son sommeil afin de s’emparer du pouvoir. Un meurtre qui inexorablement en entraînera d’autres et les enfermera tous deux dans une spirale infernale. 

Porté à la scène déjà plusieurs fois cette saison notamment aux Amandiers et au Théâtre 13, « Macbeth » bénéficie d’une nouvelle mise en lumière avec la mise en scène d’Anne-Laure Liégois. A l’aide d’une scénographie épurée et très esthétique elle installe son intrigue dans l’atmosphère étrange d’un cauchemar, plaçant les protagonistes dans une intimité lugubre et angoissante à l’image du mur d’eau qui les enferme au départ de la pièce. Le combat principal qui hante Macbeth est au final celui qu’il doit mener contre lui-même, se battre contre ses désirs dévorants, son ambition maladive qui le ronge de l’intérieur. Lady Macbeth sera la voix d’une mauvaise conscience lancinante, incessante qui le poussera à aller toujours plus loin dans l’horreur grâce à  la seule arme qu’elle possède, le pouvoir immuable de son sexe, la domination de sa féminité enivrante. Face au couple en perdition une foule de jeunes gens bouillonnants, fougueux, comme autant de montagnes à abattre pour atteindre une sérénité fantasmée et totalement inaccessible au sein de ce rêve éveillé.  

L’univers visuel et sonore de cette création est particulièrement riche, retranscrivant parfaitement les errances de l’esprit torturé de Macbeth. Certains tableaux sont d’une beauté saisissante, grâce au travail remarquable effectué sur les lumières. Cependant toutes les propositions de mise en scène ne fonctionnent pas totalement, certains choix dans la direction d’acteurs confèrent à quelques instants un côté désincarné qui tend à faire basculer le tragique dans une forme d’ironie. La tension dramatique attendue pour certains des passages clefs de la pièce n’est donc pas toujours au rendez-vous, on laisse même échapper quelques rires,  mais la recherche d’Anne-Laure Liégois ne manque pas d’intérêt et la pari est plutôt réussi compte tenu de la difficulté de monter un texte tel que Macbeth. Saluons les interprétations du couple terrible, Olivier Dutilloy et Anne Girouard offrent de bout en bout une belle performance, incarnant avec fougue Macbeth et son épouse. Anne-Laure Liégois impose donc sa vision de ce grand texte. Une vision hantée par des images chocs, celles qui polluent le crâne  de Macbeth submergé par la boue et le sang.

« Macbeth » de William Shakespeare

Mise en scène d’Anne-Laure Liégois

Traduction Yves Bonnefoy

Avec : Olivier Dutilloy, Anne Girouard, Pauline Belle, Sébastien Bravard, Elsa Canovas, Alessandro de Pascale, Philippe Houriet, Pauline Masse, Noé Mercier, Sarah Pasquier, Jean-François Pellez, Jérémy Petit, Loïc Renard, Alexandre Ruby, Charles-Antoine Sanchez, Willie Schwartz

Jusqu’au 14 Février

Mardi, vendredi à 20H30
Mercredi, jeudi et samedi à 19H30
Dimanche à 16H

Théâtre 71 Scène Nationale de Malakoff

3 place du 11 Novembre
92240 Malakoff

Audrey Jean