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Théâtre : Monsieur Belleville

Par Audrey Jean, le 11 mai 2014 — Brigitte Sy, Monsieur Belleville, theatre de belleville, Thibault Amorfini — 5 minutes de lecture
Actuellement à l’affiche du Théâtre de Belleville jusqu’au 13 Juillet, Thibault Amorfini crée un parallèle passionnant entre la rue et le théâtre avec le premier volet du dyptique “Monsieur Belleville”. Porté par une écriture sensible, ce spectacle mis en scène avec sobriété par Brigitte Sy vous entraine au fil des saisons dans un parcours initiatique trépidant, celui d’un homme en rupture avec son époque. Analyse lucide du mal-être contemporain, instant suspendu de pure poésie urbaine, vraie rencontre avec un personnage fascinant, « Monsieur Belleville » est tout à la fois. Prenez sa main et laissez vous guider !
 
Monsieur Belleville ok@lan
“Les saisons défilent, quatre tableaux, quatre actes, les gens passent…et je suis sur un banc. Rue de Belleville en train d’écrire cette page pour ce spectacle au Théâtre de Belleville. Les piétons caressent la rue, et je me trouve en face du 117. Vous les voyez ? vous me voyez ? Le ciel est gris et il pleut. Pourtant nous sommes en Plein mois d’Août, il n’y a plus de saison. Je baisse la tête et j’écris …Les gens ne marchent plus dans la rue mais sur ma feuille, ils ont échangé leurs jambes pour des mots, et moi-même je me suis transformé à l’intérieur de cette page. Les gens ne passent plus, mais ils s’inscrivent dans le temps afin de livre le témoignage d’un époque décousue et sans raison. Les gens ne passent plus, non …ils s’écrivent dans la rue.” Thibault Amorfini 
 
La ville comme point de départ, cette grande machine impitoyable à broyer du temps, des gens. Dans une société guidée par une surconsommation à toute épreuve le moindre contact, la moindre rencontre est dorénavant compliquée, polluée par ces nouvelles mécaniques comportementales nées avec l’avènement d’internet. Il y a de moins en moins de place pour le hasard mais une recherche quasi obsessionnelle, maladive de la bonne compatibilité. Plus de temps à perdre, pour rien, pour personne. Monsieur Belleville vit dans la rue. Du temps lui il en a, alors il observe, il nous observe et nous livre humblement une chronique de la poésie ordinaire, celle qui surprend et qui touche avec simplicité.  
 
“Monsieur Belleville” c’est avant tout une langue mélodieuse et puissante qui trouve les mots justes pour illustrer le quotidien de ce SDF qui arpente le jour comme la nuit ce coin cosmopolite de Paris. Thibault Amorfini signe ce très beau texte mais incarne également avec brio ce personnage attachant. En choisissant la rue comme terrain il projette sur le plateau toute la diversité du monde, toute sa folie aussi. Les saisons et les gens passent. Seul repère pour illustrer un espace temps que monsieur Belleville ne peut plus quantifier, une rengaine : Il faut prendre des nouvelles du monde ! Unique moment de connexion avec une réalité qui ne lui parle plus, une réalité qui l’ignore et qui le renie en permanence.  Alors Monsieur Belleville a développé une pensée différente parfois absurde sur la vie, les gens qui peuplent son quartier, les spectres de la nuit qu’il rencontre dans ses errances mais en a-t-il simplement conscience ? Il peut ainsi s’arrêter un instant devant la longue agonie d’un pigeon aventurier et lui rendre un dernier hommage pour la difficulté de sa condition. Il peut se décider un beau matin auto-entrepeneur, brillant fondateur d’une société du rien. Est ce sa différence qui l’isole ou l’exclusion qui l’a rendu étranger à ce monde qu’il arpente ? Profondément touchant par la simplicité de ses attentes il nous donne une leçon d’humanisme avec trois fois rien. On voudrait l’avoir comme guide dans ses ruelles encombrées, on voudrait qu’il nous parle encore du petit bistrot de quartier, du franprix ou de la soupe du restaurant vietnamien mais Monsieur Belleville doit marcher encore et encore pour ne pas sombrer. Cette épopée urbaine est particulièrement mise en valeur avec la scénographie utilisant à bon escient la vidéo projection. Paroles et images s’imbriquent ainsi progressivement jusqu’à dessiner les contours de ce patchwork passionnant. On saluera également la création musicale d’Aurore Juin qui finalise à la perfection ce joli moment. Monsieur Belleville donne une envie folle de tâter le pouls de cette artère bouillonnante, de redécouvrir ce quartier en perpétuel mouvement mais aussi de prendre le temps de poser sur les choses et les gens un regard nouveau, chargé de bienveillance ! 
 
 
Audrey Jean 
 
 
“Monsieur Belleville” Création originale de la Compagnie des Treizièmes 
Texte, vidéos et idée originale : Thibault Amorfini 
Mise en scène Brigitte Sy 
 
Avec Thibault Amorfini, Erwan Daouphars ou Ludovic Lamaud, Céline Groussard ou Hélène Viviès 
 
Jusqu’au 31 mai 
Du mercredi au samedi à 19H15 
 
Du 3 Juin au 13 juillet
Du mardi au samedi à 21H15 
Le dimanche à 20H30 
 
Théâtre de Belleville
Rue du Faubourg du Temple 
75011 Paris

Audrey Jean