Articles

Théâtre : Norma Jeane

Par Audrey Jean, le 6 mars 2014 — John Arnold, Joyce Carol Oates, Norma Jeane, Theatre 13 Seine — 4 minutes de lecture

Marion Malenfant illustre avec brio la construction du mythe Marylin Monroe en incarnant la célèbre actrice à tous les âges et à tous les stades de sa vie tumultueuse. « Norma Jeane » spectacle mis en scène par John Arnold et adapté du roman de Joyce Carol Oates est actuellement reprogrammé au Théâtre 13 Seine jusqu’au 13 Avril. Mais il ne s’agit pas de nous conter l’Amérique glamour et pailletée, ce sont les aspects sombres et les fêlures de cette étoile filante qui sont ici décortiqués dans une scénographie évoquant le conte. Un travail d’adaptation colossal et une interprétation magistrale de ce texte qui gagnerait à être resserré ! 

norma2norma4

Maryline Monroe ou la destinée incroyable de Norma Jeane Baker, une Cendrillon désenchantée dès l’enfance. C’est l’histoire de sa névrose, de toutes ses failles profondément dessinées dès son plus jeune âge et qui vont la conduire inexorablement à une vie d’excès remplie de l’angoisse perpétuelle d’exister. Il faut qu’on la voie Norma Jeane, sa survie en dépend. En quête d’un père de substitution elle n’aura de cesse on le sait de chercher le regard qui la rassurera, l’amour qui la comblera, en vain. En toile de fond l’Amérique, telle qu’on la rêve et telle qu’elle vous brûle les ailes. 

Avec cette adaptation du roman « Blonde » John Arnold plonge son héroïne dans un conte noir où la fatalité du destin de Norma Jeane Baker prend toute son ampleur. Dans cette pièce chorale il met en scène une fourmillante distribution sur un plateau sombre et quasiment nu. Un symbolisme très épuré pour laisser une plus grande place aux acteurs qui changent de costumes au gré des scaynettes illustrant les étapes de la fabrication du mythe Monroe. Car il s’agit bien de ça, la construction et la déconstruction d’une gloire, l’ascension phénoménale et la chute si violente d’une star incontestée. Au centre du schéma le besoin insatiable pour cette éternelle femme-enfant d’être regardée mais surtout d’être vue pour de vrai. Le sera-t-elle parfois ou n’aura-t-elle toujours été qu’un objet ? 

Si la scénographie et la mise en scène font preuve de cohérence et d’inventivité on regrettera cependant des longueurs dans le texte qui altèrent la puissance de la pièce. Le spectateur est parfois perdu dans la multitude de personnages et certains passages ne sont pas forcément nécessaires pour la compréhension de l’ensemble et pourraient être écourtés. Malgré tout adapter pour le théâtre ce roman-fleuve relève de l’exploit et l’on est parfois saisi par la beauté de certains tableaux. Il s’agit là résolument d’une pièce d’acteurs, incarnant chacun beaucoup de rôles différents à l’exception de Marion Malenfant évidemment. On prend un plaisir énorme à les voir évoluer dans cette partition plutôt bien orchestrée. Maryse Poulhe notamment redynamise régulièrement l’ensemble avec ses interventions, saluons également les interprétations de Philippe Bérodot et Antoine Formica. 

Marion Malenfant porte sur ses frêles épaules toute la fragilité et la grâce de Marylin.  Performance impressionnante de pouvoir la jouer de la petite enfance à son statut d’icône vivante en nuançant petit à petit sa silhouette et son port de tête. Elle se donne toute entière, avec générosité, dans cette création et l’on ne peut qu’être sous le charme, subjugués par sa blondeur et son timbre délicat. Elle nous entraîne avec force dans les abîmes de l’auto-destruction, dans les coulisses de ce rêve américain saccagé. Nous savions déjà que nous étions en présence d’une actrice épatante mais avec Norma Jeane c’est au cœur qu’elle a frappé. Tombez en amoureux follement, elle le mérite et Marylin aussi ! 

Audrey Jean 

« Norma Jeane » adapté du roman de Joyce Carol Oates 

Mise en scène de John Arnold 

Avec John Arnold, Aurélia Arto, Philippe Bérodot, Bruno Boulzaguet, Jean-Claude Bourbault, Samuel Churin, Evelyne Fagnen ou Myriam Azencot, Antoine Formica, Jocelyn Lagarrigue ou Joffrey Roggeman, Marion Malenfant, Olivier Peigné, Fabienne Périneau et Maryse Poulhe

Crédits photos : Bellamy 

Jusqu’au 13 Avril 

Mardi, jeudi et samedi à 19H30
Mercredi et vendredi à 20H30
Dimanche à 15H30

Théâtre 13 Seine 

30 rue du Chevaleret
75013 Paris 

Audrey Jean