35 ans après sa création « La Danse du Diable » mythique solo de Philippe Caubère est de retour à l’affiche du Théâtre de l’Athénée jusqu’au 20 Novembre. Plus qu’une superbe occasion de profiter de ce grand monsieur sur scène c’est un cadeau tout simplement. Et comme si ce cadeau n’était pas suffisant vous pourrez découvrir un autre épisode de la grande saga « Le Bac 68 » en alternance avec « La Danse du diable ». Que demander de plus !

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Elle fait dorénavant figure de classique parmi les classiques et l’on comprend aisément pourquoi. « La Danse du Diable » est un spectacle hors-normes à l’image de son auteur et interprète dont la carrière n’est plus à présenter. Issue d’improvisations cette création, qui a sûrement révélé bon nombre de vocations chez de jeunes comédiens, est réellement la matrice dont vont naître pas moins de 11 spectacles de la saga intitulée « Roman d’un acteur » ainsi que les 8 créations de « L’homme qui danse ». Alors oui, sans aucun doute Philippe Caubère est prolifique, doté d’une plume passionnante et évidemment un interprète brillant mais pour que ce spectacle jouisse encore, plus de 30 ans après sa création, d’un tel engouement il fallait bien qu’il soit en plus d’une incroyable endurance. La performance est en effet à saluer, à 66 ans, Philippe Caubère incarne durant 3H de temps, sans la moindre baisse de rythme, les aventures épiques de son alter-égo Ferdinand Faure. Solaire il est seul sur le plateau, en guise d’accessoires une chaise, un banc et un châle à carreaux. C’est peu mais ça suffira à faire apparaître sous nos yeux une multitude de personnages truculents. De Gaulle, Mauriac, Sartre, en passant par sa propre mère dont les interventions valent à elles seules le détour, il nous entraine avec une vitalité désopilante dans un roman autobiographique entre rires et larmes, ne laissant aucune place à l’ennui. Moderne et fédératrice la pièce surprend par son universalité. Les rires résonnent dans la salle, réunissant des spectateurs de tous les âges. Cette danse du diable touche au cœur indéniablement, elle sait réunir les âmes. Ce sera donc avec une générosité sans limites que Philippe Caubère provoquera avec ce conte fantastique une multitude d’émotions.

Quant au second épisode actuellement programmé a l’Athenée « Le Bac 68 » l’intitulé lui-même fait immédiatement rêver. Il faut dire que l’histoire y est tout aussi savoureuse, ce spectacle retraçant les errances de l’adolescent Faure dans une période aussi mouvementée que ses états-d’âme, une année 68 où la révolution gronde, où les repères traditionnels sont brouillés et où tout un monde est à inventer.  Le tempérament artistique naissant de Ferdinand le pousse à négliger ses études, tandis qu’il cherche en vain le sens de sa vie future. Il sera sportif, ou bien poète, ou bien rien, ou peut-être coiffeur ou alors il sera acteur. Evidemment c’est bien connu pour être acteur nul besoin d’obtenir son bac … encore moins en 68. Cet épisode met particulièrement en lumière la personnalité haute en couleurs de la mère de Ferdinand et constitue une excellente entrée en matière dans l’univers foisonnant de Caubère. C’est d’ailleurs elle qui ouvre le spectacle dans une loghorrée hilarante dont on ne se lassera pour ainsi dire jamais. Tentant de convaincre le jeune Ferdinand de la nécessite de passer son bac elle digresse et s’éparpille dans une multitude de considérations familiales, mondaines, philosophiques et ainsi de suite. Une autre figure irrésistible la rejoindra bientôt pour l’épreuve orale d’histoire-géographie, un examinateur du bac qui surpassera de loin toutes nos espérances, la confrontation avec un Ferdinand dépassé par les évènements est à elle seule une scène d’anthologie absolument inoubliable. Là encore plateau nu, la chaise, le châle à carreaux et nous voilà embarqués pour 2h qui filent à toute allure laissant exploser le talent de Caubère bien sûr mais aussi la naissance de sa quête infinie et inusable de liberté. Le public ne s’y est pas trompé et a su saisir la beauté du cadeau que représente cette double reprise à Paris. La magnifique salle de l’Athénée ne désemplit pas, chaque soir la foule applaudit à tout rompre et se lève pour saluer ce grand monsieur. Bravo l’artiste et surtout merci !
À noter que vous pouvez également découvrir Clemence Massart dans la petite salle du théâtre avec « L’Asticot » mis en scène par Philippe Caubère.

Audrey Jean

« La Danse du Diable »  de et avec Philippe Caubère

Les mardis 19h et les dimanches 16h
Jusqu’au 20 Décembre

« Le Bac 68 » 

Les mercredis, vendredis et samedis 20h
Jusqu’au 19 Novembre

Athénée Théâtre Louis Jouvet

 

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