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Théâtre : qui m'aime me nuise

Par Laurent Schteiner, le 7 juin 2013 — qui m'aime me nuise, theatre de nesle — 3 minutes de lecture

New York, années 20. Dorothy Parker, avec sa verve habituelle, nous décrit ses pairs avec une féroce justesse et beaucoup de cynisme. Grinçantes,  cocasses les situations dépeintes nous sont narrées par une seule comédienne accompagnée d’un pianiste, dans une partition jazz des plus agréables.

Dans la pénombre de la salle voûtée en pierre  du théâtre de Nesle, une femme parle à un homme invisible. Le piano lui sert de comptoir. Sobrement et élégamment vêtue dans des vêtements d’époque, le personnage interprété par Mélodie Etxeandia perd de sa superbe à mesure que les verres se remplissent… Pleine d’une mauvaise foi et d’une empathie étonnante pour les animaux, ce personnage amuse. Et nous voilà embarqué pour un peu plus d’une heure dans l’univers alcoolisé et mondain de cinq textes de Dorothy Parker où l’hypocrisie et les conventions sont mises à mal.

dorothy

La mise en scène est efficace, la comédienne dit les textes avec simplicité et son jeu est en interaction avec le pianiste devenu personnage muet et aussi avec le public parfois. Le décor est composé d’une table chargée de nombreuses bouteilles, d’une chaise (métamorphosable !) et d’un piano. Celui-ci crée un véritable dialogue avec les mots de D. Parker : la partition créée par Antoine Karacostas est incroyablement en adéquation avec le jeu, offrant à la fois une ambiance, une sorte de personnage et une réponse aux textes monologués joués par la comédienne. Avec le plus grand naturel et beaucoup d’adresse Mélodie Etxeandia enchaîne à elle seule l’interprétation de divers personnages. Elle paraît de prime abord un tantinet sévère, mais la voilà crachant le venin aigre des personnages misanthropes et esseulés de Parker tout en préservant les apparences, ce qui est tout à fait déconcertant !  Le décalage est frappant, on la voit se dévergonder ou s’enivrer sous nos yeux, à dénoncer les conventions hypocrites avec un brin de hauteur,  à critiquer la platitude de certaines gens qu’elle côtoie. C’est cruel, et c’est drôle. D’ailleurs, parfois,  ses contemporains ressemblent méchamment aux nôtres.

 
Anna YORKA
 
Compagnie du Jeu dans les charnier(e)s.
Avec Mélodie Etxeandia (adapatation, jeu et mise en scène) et Antoine Karakostas (interprétation et composition piano)
Photo : Morgane Launay
Textes : Dorothy Parker,
Traduction : Michèle Valencia, Hélène Fillières et Patrick Reumaux
 
Théâtre de Nesle,
8 rue de Nesle

75006 PARIS 
Du 17 mai au 10 juin, les lundis et vendredis à 19h et les dimanches à 17h
Tarifs : 15/10€
Réservations : 01 46 34 61 04

Laurent Schteiner