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Theatre : Solness, le constructeur d'Henrik Ibsen

Par Laurent Schteiner, le 28 mars 2013 — Alain Françon, Henrik ibsen, solness le constructeur, theatre de la colline — 3 minutes de lecture

Alain Françon nous revient au théâtre de la Colline avec une adaptation réussie de Solness, le Constructeur d’Henrik Ibsen. Cette pièce d’Ibsen nous transporte au cœur de la problématique de l’autoréalisation de l’être. Entre peur d’être dépassé et folie, Ibsen empreinte des chemins de traverse particuliers nous guidant vers les formes existentielles les plus hautes. Toucher ce nirvana revient à atteindre les cimes de « l’être et du soi artistique ».

«  Je sais que j’ai été sérieux dans ma façon de vivre sous une croûte de non-sens et de saleté ». Par ces mots Ibsen met en exergue cette hauteur qui révèle l’individu à lui-même et développe ce thème avec force dans cette pièce pleine d’intelligence. Solness et sa femme sont marqués par la tragédie qui a endeuillé leur couple. Au début de leur mariage, un incendie s’est déclaré et a ravagé  leur maison tuant leurs deux jumeaux. Aline, murée dans son univers, ne réagit plus aux interférences du monde. Solness, pour sa part, s’est lancé à corps perdu dans son travail. La rencontre avec la jeune Hilde va ressusciter un passé oublié et lui faire comprendre qu’un nouveau départ s’avère possible. Illusion ou réalité ? Si tout cela s’avérait illusoire et qu’Hilde ne soit qu’une représentation de l’esprit ? Si Solness le Constructeur voulait reconstruire son « intérieur », le pourrait-il sans ce vertige qu’Ibsen lui instille ? La folie d’Halvard Solness est peut-être de trop y croire.

 

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Comme des indices semés à dessein, Ibsen s’amuse à multiplier les symboles comme les constructions hautes des églises ou encore les noms : ainsi  « Sol » (de Solness) du norvégien qui veut dire « soleil » à la ville de Lysanger où habitait Hilde et dont le préfixe Lys signifie « lumière ». tout se prête ici à consacrer la grandeur, la hauteur de l’existence. En outre, Ibsen s’est attaché à jouer avec le chiffre 3 : trois morts, trois chambres, trois chambres et trois maisons (passé, présent et avenir) et trois femmes (Hilde, Aline et Kaja). Tous les personnages sont extrêmement bien campés : de Hilde, formidable ingénue qui enthousiasme la scène dont le personnage doit beaucoup à la performance d’Adeline D’Hermy de la Comédie Française à Solness, Waldimir Yordanoff qui montre toute la complexité de son personnage. Saluons également Michel Robin dans le rôle de Knut Brovik. Ses apparitions nous procurent toujours un vif plaisir et une émotion particulière. Enfin Dominique L’Huillier dans le rôle de Kaja, Adrien Gamba-Gontard et Gérard Chaillou jouent une très juste partition apportant à l’ensemble du propos des appuis de qualité. Ce spectacle, par sa profondeur, est à découvrir d’urgence.

 

Laurent Schteiner

 

Solness, le constructeur d’Henrik Ibsen

 

Mise en scène d’Alain Françon

  • Dramaturgie : Adèle Chaniolleau
  • Décor Jacques Gabel
  • Lumière : Joël Hourbeigt
  • Costumes : Anne Autran-Dumour et patrice Cauchetier
  • Musique : Marie-Jeanne Serero
  • Son : Daniel Deshays

Avec gérard Chaillou, Adrien Gamba-gontard, Adeline d’Hermy de la Comédie Française, Agathe L’Huillier, Michel robin, Dominique Valadié et Wladimir Yordanoff.

Théâtre de la Colline –Théâtre national

15 rue Malte-Brun

75020 Paris

www.colline.fr

résa : 01 44 62 52 52

du 23 mars au 25 avril 2013

Laurent Schteiner