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Théâtre : Tartuffe

Par Audrey Jean, le 29 septembre 2014 — Comédie Française, Galin Stoev, Sandre, tartuffe, Vuillermoz — 5 minutes de lecture

La salle Richelieu accueille jusqu’au 17 Février un « Tartuffe » mis en scène par Galin Stoev. Incarnée avec brio par le binôme Michel Vuillermoz / Didier Sandre cette création donne à voir ces personnages que l’on connait par cœur sous un jour  plus métaphysique que farcesque, sans pour autant omettre de respecter les codes traditionnels de ce classique de Molière. Un équilibre mystique entre modernité et tradition ! 

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Est-il encore besoin de résumer l’action de Tartuffe ? Cette comédie en cinq actes de Molière est à ce jour la pièce du répertoire la plus jouée au Français. On y retrouve le pauvre bourgeois Orgon, victime presque consentante de l’escroquerie d’un faux-dévot prénommée Tartuffe qui n’aura de cesse de lui prendre tout ce qui lui appartient, incluant sa femme et sa fille. Malgré les recommandations de toute la famille, avec plus ou moins de diplomatie, la naïveté d’Orgon ne prendra fin que lorsqu’il aura vu de ses yeux le brigand à l’œuvre. 

Outre l’évident pouvoir comique de la situation et la mélodie immuable des vers de Molière, il y a encore de nombreuses raisons d’aller voir un énième Tartuffe. En effet sans pour autant bouleverser la structure de la pièce c’est par le biais de détails précis que Galin Stoev impose son style et livre une création de très belle facture. Dans une mise en scène en apparence corsetée il distille ça et là des brins de folie et quelques anachronismes qui entourent ce Tartuffe d’un effet particulièrement énigmatique. Le plateau tout d’abord restitue parfaitement un intérieur bourgeois des plus classiques, tentures et soieries sont au rendez-vous comme on pourrait s’y attendre, mais à y mieux regarder il est beaucoup plus complexe. Plusieurs dimensions permettront de jouer sur différents plans et de mettre en lumière les ragots familiaux et la manipulation de Tartuffe. Les entractes seront aussi l’occasion de révéler un espace secret où des personnages mystérieux prennent le pouvoir et gèrent tels des régisseurs affairés le bon fonctionnement de leur scénario. Ainsi Orgon serait peut-être le héros malheureux de son propre cauchemar, la victime de son double malfaisant. Il est pris au piège de ce jeu de miroirs comme dans un fantasme qui aurait mal tourné les événements se déroulent malgré lui, au vu et au su de toute sa famille qui le délaisse. 

C’est là le deuxième aspect original de la mise en scène de Galin Stoev, il isole symboliquement Orgon du reste de sa tribu pour mieux illustrer la problématique majeure de la pièce, à savoir l’implosion de la cellule familiale. C’est du coup parce qu’Orgon est rejeté par les siens que sa relation avec Tartuffe prend une tournure si passionnée, presque mystique. Dès la première scène on assiste à un moment de fête et de détente où tout les membres de la famille boivent et s’amusent alors qu’Oregon est absent, en voyage. Le pauvre homme en rentrant retrouve les verres vides d’une fête à laquelle il n’est pas invité. La famille est en crise donc, une crise profonde et cet épisode va révéler le vide qui l’agite, ce néant sidéral qui la ronge de l’intérieur. Les miroirs montrent l’envers de ce décorum hypocrite, non les membres d’une même famille ne vivent pas toujours dans le bonheur éternel. Les costumes traduisent également parfaitement cette atmosphère d’affrontement entre Orgon et les siens. Tandis qu’Elmire, Dorine et les autres sont vêtus de tenues XVIIIème fastes et chatoyantes, le maître de la maison arbore un style plus austère mais non moins élégant. Tartuffe sera d’ailleurs son pendant dans la sobriété, tout de noir vêtu en opposition à Orgon évoquant Gatsby dans son costume de lin blanc.  

Comme à l’accoutumée les comédiens du français s’illustrent avec maestria dans cette partition méthodique. Michel Vuillermoz campe un Tartuffe illuminé mais tout en retenue. Sobre et efficace, il en devient presque anxiogène de religiosité malsaine face à un Didier Sandre tout aussi possédé. Saluons également la très belle composition de Cécile Brune parfaite dans le rôle de Dorine.  Les autres acteurs ne sont pas en reste et contribuent largement à la qualité de cette adaptation. Redécouvrez donc ce classique dans ce merveilleux écrin qu’est la salle Richelieu ! 

Audrey Jean 

 » Tartuffe » de Molière 

Mise en scène de Galin Stoev

Avec : Claude Mathieu, Michel Favory, Cécile Brune, Michel Vuillermoz, Elsa Lepoivre, Serge Bagdassarian, Näzim Boudjenah, Didier Sandre, Anna Cervinka et Christophe Montenez 

et les élèves de la comédie Française Claire Boust, Ewen Crovella, Thomas Guené, Valentin Rolland 

Crédits photos : Christophe Raynaud de Lage

Jusqu’au 17 Février 2015

Salle Richelieu de la Comédie Française

Place Colette
75001 Paris

Audrey Jean