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Théâtre : Un compte rendu pour une académie

Par Audrey Jean, le 14 mai 2013 — Erik stouvenaker, Hassam ghancy, jack Garfein, kafka, theatre des mathurins, un compte rendu pour une académie — 3 minutes de lecture

Plus que quelques jours pour vous confronter à une œuvre phare de Franz Kafka « Un compte rendu pour une académie ». Ce texte qui s’inscrit totalement dans la réflexion sur la condition humaine de Kafka est souvent porté à la scène mais Jack Garfein se distingue des précédentes versions en y incluant deux courts épilogues ajoutés par l’auteur après coup. Un nouveau regard sur cette fiction associée à une interprétation parfaite des deux comédiens Erik Stouvenaker et Hassam Ghancy à découvrir au Théâtre des Mathurins !

Pierre Le Rouge fait un compte rendu de son passé simiesque devant une assemblée d’académiciens. Singe capturé sur la Côte de l’Or, sa seule manière de survivre sera de devenir un homme. A force de travail et d’acharnement il réussit par mimétisme d’abord puis grâce à une vraie intelligence à accomplir cet exploit surréaliste. Il analyse ensuite avec lucidité et froideur son parcours incroyable , projetant le spectateur dans un profond questionnement sur la nature humaine.

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Comment définir un humain ? Ou se situe sa frontière avec l’animal ? Kafka a toujours travaillé sur le rapport entre l’homme et ses racines mettant en scène dans ses fictions des personnages déboussolés, perdus dans une société qu’ils ne comprennent pas. Ce texte est une parfaite illustration de sa réfléxion. Pierre Le Rouge en tant que singe traqué se retrouve face à un choix qui n’en est pas vraiment un, une seule issue s’offre à lui: devenir un homme. En les observant de sa cage étroite cela n’a pas l’air très compliqué car la limite est si fine, cracher et boire de la gnole dans un premier temps semblent totalement à sa portée. Puis petit à petit avec la volonté du désespoir il avancera vers une nouvelle vie. Mais à aucun moment cette vie ne le fera rêver, à aucun moment il n’aura envié les hommes ni ne les aura admiré.

La force de ce texte réside dans un constat terrible et sans appel, Pierre le Rouge ne sera pas plus heureux en tant qu’homme ni plus libre d’avoir tant appris. Il regrettera au contraire sa terre et détestera cette odeur d’humain tant imprégnée dans sa fourrure. Toutes les contradictions de l’être humain sont ainsi retranscrites ici dans cette mise en scène épurée de Jack Garfein. Nul besoin de fioritures excessives ou d’imiter l’animal pour illustrer la complexité de ce que vit Pierre le Rouge. Erik Stouvenaker déclame ce texte avec précision en soupesant chaque mot, chaque sensation. Il ébauche simplement ça et là des gestes d’animalité qui nous rappelle d’où Pierre le Rouge vient. Les deux prologues finalisent parfaitement le tableau ancrant définitivement chez le spectateur la problématiques des responsabilités de chacun dans la nature même des espèces. Hassam Ghancy se distingue également par la justesse et la sobrieté de son jeu. Brillant !

Audrey Jean

« Un compte rendu pour un académie » de Franz Kafka
Adapté et mis en scène par Jack Garfein

Avec Erik Stouvenaker et Hassam Ghancy

Crédits photo : David Jacques

Jusqu’au 25 Mai

Du mercredi au Samedi à 21H
Le dimanche à 15H30

Théâtre des Mathurins 

36 rue des Mathurins
75008 paris

 

Audrey Jean