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Théâtre : Une petite fille privilégiée

Par Laurent Schteiner, le 12 mars 2014 — Lucernaire, philippe hottier, une petite fille privilégiée — 3 minutes de lecture

Une petite fille privilégiée de Francine Christophe actuellement au Lucernaire constitue un choc théâtral tant l’intensité que dégage Magali Hélias dans la narration de l’enfance de l’auteure est forte et dévastatrice. Une auteure dont l’enfance a été volée par la guerre et qui a survécu à l’enfer des camps. Magnifique !

Le père de Francine, officier, est retenu prisonnier en Allemagne. Demeurées seules, elles se cachent à Paris afin d’échapper aux rafles des juifs dirigées par la police. Déportées malgré tout en tentant de rejoindre la Zone Libre, elles vivront toutes deux l’horreur des camps (Poitiers, Drancy, Beaune-La-Rolande et Bergen-Belsen) avant d’être délivrées par les russes en 1945 lors d’un transport ferroviaire.

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Ce témoignage poignant de Francine Christophe à travers l’interprétation magistrale de Magali Hélias nous hypnotise. Le récit d’une petite fille qui grandit trop vite nous tient en haleine. Les détails fourmillent et donnent le ton de l’horreur vécue par ses femmes comme tant d’autres. Les descriptions, oh combien, importantes apportent à la réalité une absence cruelle de fard qui transmet l’indicible. Les phrases non construites assises sur des descriptions témoignent de la brutalité des nazis et explorent les ressorts et la résistance humaine. La dignité humaine n’est plus lorsque la faim tord les boyaux face à la monstruosité barbare nazie. On reste suspendu dans les silences accompagnant Francine sur le chemin de l’horreur. On tremble pour sa mère. Les paradoxes s’amoncellent : « comment allons-nous faire avec tous ses morts maintenant que les alliés ont détruit le four avec la puanteur des cadavres qui grandit et le typhus qui se développe très rapidement ? ».

Ici le fond prend le pas sur la forme. Un moment où la théâtralité s’efface pour laisser la matière brute s’exprimer. L’inverse n’aurait pas eu le même impact. Le spectateur se recroqueville dans son fauteuil et se sent petit. La visite de l’auteure quelques années après dans le camp de Bergen-Belsen sonnera le glas de cette enfance perdue. Un spectacle à ne pas rater.

 

Laurent Schteiner

Une petite fille privilégiée de Francine Christophe

Mise en scène de Philippe Hottier Collaboration de Cyrille Bosc

Avec Magali Hélias

Scénographie et création lumières : Pierre Wendels
Création sonore : Claude Villèières
Création costumes : Kristelle Paré

Lucernaire
56 rue ND des champs
75006 Paris
Locations : 01 45 44 57 34
du 5 mars au 26 avril 2014 à 18h30 (mardi au samedi)
www.lucernaire.fr

Laurent Schteiner