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Un tramway

Par Audrey Jean, le 8 décembre 2011 — 3 minutes de lecture

Après une tournée en Europe, « Un Tramway » mis en scène par Krzysztof Warlikowski revient pour quelques représentations exceptionnelles au théâtre de l’Odéon. Enrichi par l’univers étourdissant du metteur en scène polonais et traduit par Wajdi Mouawad, cette version assez éloignée du texte original de Tennessee Williams offre à Isabelle Huppert un rôle sur mesure qu’elle interprète à la perfection.
 

Blanche Dubois est une femme paumée, fêlée depuis le suicide de son mari homosexuel. Elle débarque, valise à la main chez sa soeur Stella espérant y trouver un refuge. Mais celle-ci vit en ménage avec Stanley Kowalski, immigré polonais qui fascine les deux femmes par sa virilité et sa violence. La pièce nous dépeint donc cette cohabitation difficile, sur fond de lutte des classes. Mais ce Tramway conduit aussi irrémédiablement à la descente aux enfers de Blanche rongée par la folie et torturée par Stanley.

 

Warlikowski construit toute sa mise en scène autour du personnage de Blanche, mettant Isabelle Huppert au centre de toutes les attentions. La comédienne remplit sa mission avec brio. Irradiant le plateau de sa présence, elle va au bout d’elle-même. Tout y est, un phrasé étrange, le corps sans cesse titubant, la voix même est modulée au gré des états d’âme de Blanche. Son image est filmée et projetée quasiment en continu sur un écran, tel un miroir lui renvoyant sa folie. Dans son adaptation Warlikowski rajoute des textes comme un extrait de « La dame aux Camélias » ou encore l’intégralité du combat de Tancrède et Clorinde, illustrant ainsi  les pensées divaguantes de son héroïne. Mais à vouloir s’approprier le texte original, le metteur en scène en fait trop et le spectateur se retrouve perdu au milieu d’un exercice de style un peu bavard. La pièce est également ponctuée de chansons rock, interprétées avec talent par Renate Jett mais qui contribuent à cette sensation.

 

Un décor fascinant a été crée par Malgorzata Szczesniak pour l’occasion. Regroupant tour à tour l’appartement de Stella, le bowling où Stanley passe ses soirées, ou la salle de bain où Blanche passe des heures, l’espace semble infini. Composé de grandes pièces de verre modulables et de métal, il illustre très bien le vide dans lequel tombent les personnages. Tout est mélangé comme dans un capharnaüm où Blanche erre et cette immensité met encore plus en exergue sa fragilité. Il en est de même pour les autres personnages qui semblent écrasés par cette masse.

 

Andrzej Chyra et Florence Thomassin forment un couple très pertinent oscillant sans cesse entre sensualité et violence. L’attraction dangereuse qui existe autour de Stanley est presque palpable tant son interprète a un charisme puissant. On notera également la performance décalée de Yann Collette. Cette adaptation originale reste donc un spectacle à voir, envoûtant et surprenant, même si le travail de Warlikowski est sujet à controverse.

Audrey Jean

 

Un Tramway
d’après  » Un Tramway nommé Désir  » de Tennessee Williams

Mise en scène Krzysztof Warlikowski

Avec : Isabelle Huppert, Andrzej Chyra, Florence Thomassin, Yann Collette, Renate Jett, Cristian Soto

Crédits photo : Pascal Victor

 

Audrey Jean